Au revoir, Monsieur Blanco

Serge Blanco aux côtés de Bernard Laporte

 

 

« Des matchs joués par de véritables athlètes dans des maillots « sexy » et près du corps dont la gente féminine raffole. Un public de plus en plus nombreux, pouvant atteindre parfois plusieurs dizaines de milliers de spectateurs dans des stades agrandis et supermodernes, avec des restaurants, des bars, des télévisions et même des écrans géants qui permettent à l’arbitre d’être assisté par la vidéo en cas de litige dans la zone d’essai. Arbitre, par ailleurs, muni de micro et d’oreilletes lui donnant la possibilité de parler avec ses juges de touches lorsqu’il en ressent le besoin. Tous les spectateurs et téléspectateurs peuvent ainsi écouter ses décisions. Certains matchs offrent même de vrais spectacles à l’américaine avec des pom-pom girls, des concerts, des feux d’artifice, et même Miss France qui sort miraculeusement d’une fleur géante pour offrir la balle de match ! Chaque joute du championnat est retransmise en direct sur la télévision par sattelite. Les clubs sont devenus de véritables multinationales aux budgets pharaonesques. Tous possèdent leurs propres boutiques et vendent bien plus que de simples maillots, il est possible d’y trouver tous les articles aux couleurs de son club. Il n’est alors jamais très compliqué pour eux d’acheter les plus grandes stars mondiales de ce sport à coup de quelques millions d’euros. »

 

Si vous aviez lu, au milieu des années 90, ces quelques lignes, vous auriez probablement cru à une oeuvre de rugby fiction ou alors pensé qu’il s’agissait de la ligue de rugby à XIII australienne. Pourtant, il s’agit bien d’une réalité très locale, celle de notre Top 14. Que beaucoup, et pas seulement en France, présentent comme le championnat le plus exitant du monde !  

 

C’est incroyable quand on pense à tous les changements qu’a subis notre sport en l’espace d’à peine dix ans ! En très peu de temps le rugby est devenu le deuxième grand sport professionnel français surclassant ainsi le basket, le cyclisme, le volley ou le hand. Seul le football reste encore devant, mais semble de moins en moins intouchable si bien que certains spécialistes prévoient que si le rugby continue de connaître la même croissance alors dans dix ans l’ovale depassera le ballon rond. Mais vous en conviendrez tous, nous n’en sommes pas encore là.

 

Avec ces quelques lignes, je voudrais rendre hommage à un grand monsieur du rugby : Serge Blanco, sans qui, tout cela ne serait jamais arrivé. Bien sûr il n’a pas fait tout  tout seul, mais j’aimerais que chacun reconnaisse l’excellent travail qu’il a effectué à la présidence de la Ligue Nationale de Rugby de la même manière que chacun a bien voulu reconnaitre sa formidable carrière de joueur.

 

 Pourtant au départ, rien n’était facile : Notre sport se trouvait à des années lumière des grands sports professionnels, il y avait des querelles intestines entre joueurs, présidents de clubs, et la fédération, chacun voulant tirer la couverture de son côté. Certains disaient que seuls deux ou trois clubs pourraient passer professionnels, avec en tout et pour tout une soixantaine de joueurs français sous contrats, d’autres disaient carrément que c’était impossible et qu’il n’y avait pas de place pour le rugby pro en France. Il existait des projets parallèles avec la création d’un tournoi de franchises mondiale à la façon du Super 14,  ou encore la France Rugby League de Jacques Fourroux. Les stades étaient vétustes, les joueurs n’étaient pas prêts à abandonner leur travail. Impossibilité, pour des raisons évidentes, de faire comme en foot ou en basket, jouer les rugbymen deux fois par semaine. Donc moins de matchs mais aussi beaucoup plus de joueurs à prendre en charge. Souvenez-vous aussi que le rugby était à l’époque un sport un peu ringard, avec des gros qui se mettaient du scotch sur les oreilles et qui parlaient avec un fort accent du Sud-Ouest. Beaucoup moins sexy, que les Mickael Jordan, Scottie Pippen et toute la clique ! Oui, mais voilà une poignée d’hommes, de passionnés, eux avaient une conviction plus forte que tout, celle d’avoir entre leurs mains un véritable rubis, un sport formidable et extraordinaire. J’ai toujours pensé que l’histoire du rugby pro, c’est un peu l’histoire d’une jolie jeune fille, d’ordinaire un peu maladroite, qui un beau jour arrive au bal superbement maquillée et dans une robe sensuelle et tout à coup attire tous les regards de convoitise et de jalousie.

 

Alors, Serge Blanco, comme hélas chaque personne qui a réussi dans ce pays, attire lui aussi les regards de convoitise et de jalousie. Que peut-on lui reprocher ? Sa fidélité au Biarritz Olympique ? Pourtant ce parcours d’un petit garçon venant du Venezuela et débarquant sur la Côte basque, plus tard ouvrier chez Dassault, capable des coups les plus magiques sur un terrain, 6 ou 7 fois élus Oscar d’Or Midi-Olympique, aujourd’hui grand patron d’un centre de thalassothérapie mondialement connu et d’une marque de vêtement griffée de son nom, mérite plus d’un coup de chapeau.

 

Merci pour tout, Monsieur Blanco, bonne continuation dans vos affaires, et surtout ne restez pas trop longtemps loin du formidable monde de l’ovale !

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