La Coupe d’Europe doit franchir un nouveau stade

Le 2 mai 2009, la demi-finale de Coupe d'Europe entre le Leinster et le Munster rassemblait 82 208 spectateurs au stade de Croke Park

Les demi-finales de l’édition 2010 de la Coupe d’Europe de rugby auront lieu ce week-end à Toulouse et à San Sebastian. Créée voilà quinze ans, la Coupe d’Europe de rugby connaît un succès grandissant. Pour le chroniqueur Peter Bills, il est temps que cette compétition voie plus grand et se décide à accueillir plus de spectateurs.

Je me souviens de la réaction la dernière fois. J’étais dans la rue, à Toulouse, et mon portable a sonné. Au bout du fil, un des responsables de l’European Rugby Cup (ERC), fou de rage à propos d’un papier que j’avais signé et dans lequel je suggérais à l’ERC de voir plus grand pour la H Cup. Un conseil : ne lisez pas ceci si vous faites partie des instances de l’ERC. Parce que mon argument est encore plus pertinent aujourd’hui qu’il ne l’était alors, voilà quelques années : il est parfaitement absurde que les deux demi-finales de la H Cup se déroulent à Toulouse et à San Sebastian. Toulouse-Leinster aura lieu sur les terres du club français et Biarritz-Munster au stade de football du Real Sociedad, juste de l’autre côté de la frontière, dans la ville de San Sebastian, sur la côte espagnole.

Un petit week-end à Toulouse et à San Sebastian pour des amateurs de rugby ? Vous vous demandez peut-être où est le problème. Eh bien, le problème est exactement le même qu’il y a quelques années : l’ERC ne vise toujours pas assez haut pour ce formidable tournoi. Pour dire la vérité, le Tournoi des VI Nations de 2010 ne restera pas dans les mémoires. En revanche, cela a été une grande année pour la H Cup, qui a consolidé sa réputation grandissante comme l’un des meilleurs tournois de rugby au monde. Pourquoi alors s’en prendre à l’ERC ? Pour cette raison simple : une fois de plus, les organisateurs de la coupe ont raté une occasion en or de mettre leur tournoi en valeur en le présentant devant un public beaucoup plus vaste.

Le Stadium de Toulouse peut accueillir 37 000 personnes, le stade de San Sebastian près de 32 000. Ce qui veut dire que des milliers de supporters de France et d’Irlande ne se rendront dans aucun des deux stades. Ils ne prendront pas leur billet. Il y a aussi la vaste multitude d’amateurs ordinaires qui adorent ce sport et aimeraient assister à une rencontre majeure dans ce tournoi. Mais, encore une fois, on ne leur a pas laissé le moindre espoir, pas la moindre chance, l’ERC ayant insisté pour que le lieu des demi-finales se décrète à pile ou face. Et, bizarrement, l’ERC n’impose aucune exigence aux clubs qui ont la chance de disputer une demi-finale à domicile.

Il fallait poser comme condition que, en cas de belle compétition du Leinster, la demi-finale se dispute à Croke Park, qui dispose d’une capacité de 80 000 places [ce stade avait accueilli en 2009 la demi-finale entre le Leinster et le Munster]. En l’occurrence, il est parfaitement absurde, premièrement, de donner à un club l’avantage de jouer à domicile en demi-finale, et deuxièmement, de leur permettre de choisir un stade d’une capacité inférieure à 40 000 personnes. J’appelle cela une occasion en or perdue, et voici pourquoi : si l’ERC avait vu plus large, il aurait pu faire de ce week-end de demi-finales une expérience fabuleuse.

S’il avait organisé les matchs à Paris, l’un le samedi soir et l’autre le dimanche après-midi, cela aurait été un week-end inoubliable, mêlant passion, émotion et partage pour des supporters venus de l’Europe entière. Avec ses 80 000 places, le Stade de France avait la capacité de répondre à la forte demande que les deux rencontres auraient suscité. La dernière fois que j’ai soulevé ce point auprès de l’ERC, j’ai eu droit à l’argument boiteux selon lequel les supporters français ne se déplaceraient pas en nombre suffisant. Ils n’accepteraient pas de faire le trajet ? Foutaise ! Quiconque a vu les milliers de Français présents à Cardiff [pour le tournoi des VI Nations] cette année ou a assisté à la finale du Championnat de France à Paris en juin dernier sait que c’est faux.

Il est temps désormais que les demi-finales de la H Cup soient systématiquement organisées dans des stades suffisamment vastes pour répondre au succès croissant de cette compétition. Et pourquoi ces demi-finales ne peuvent-elles pas servir de vitrine du rugby en général en Europe ? Pourquoi ne pas louer le Camp Nou de Barcelone pour y organiser les deux demi-finales ? Ou le San Siro de Milan, où l’Italie a bien réussi à trouver 80 000 amateurs de rugby en novembre dernier pour suivre le match opposant l’Italie aux All Blacks ? Il est temps que l’ERC gagne de l’assurance dans le développement de cette compétition. Le rugby ne peut qu’en sortir gagnant.

Source : Irish Independant, Peter Bills, traduction Courrier International

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