Un si beau champion !

Les deux clubs qui se retrouvent demain en finale du championnat de France de rugby fondent leur performance sur une cohérence et une stabilité remarquables

À quoi peut tenir un match quand on prend quasiment les mêmes et qu’on recommence ? Bien malin qui pourrait écrire à l’avance le scénario de la finale du championnat de France de rugby de samedi 29 mai au Stade de France.

Car, davantage que leurs différences, n’est-ce pas les points communs entre les clubs de Perpignan et de Clermont-Ferrand qui frappent plus que tout ? Auvergnats et Catalans sont devenus deux ogres du rugby hexagonal, dotés d’une formidable capacité de digestion.

Reconnaissons qu’en la matière, les « Jaunards » de Clermont sont passés maîtres dans l’art de remettre l’ouvrage sur le métier, sans hauts le cœur, et sans barguigner. Dix finales perdues, un héritage qui pèse des tonnes. D’autant que les trois dernières furent à avaler consécutivement. N’empêche. Les Clermontois ont un estomac en béton, aiguisent encore et toujours leur appétit, et les revoilà présents au rendez-vous. Incroyable constance, invraisemblable volonté de rebondir après l’échec.

Pas de grands chambardements, pas d’emballements enflammés

Pour Perpignan, le défi de revenir à la charge paraît certes moins rude. La reconquête du titre l’an dernier, le premier depuis 1955 après les désillusions de 1977, 1998 et 2004, parachevait le superbe travail d’un club au budget moyen (12 millions d’euros), deux fois moins gonflé que les portefeuilles des monstres stadistes, qu’ils soient toulousain ou parisien. La récompense suprême d’une politique mesurée mais au service d’une belle ambition.

C’était bon, et peut-être suffisant. Mais que nenni ! « Nous avons un titre, il nous reste à construire un palmarès », résume l’entraîneur Jacques Brunel. Bien dit, et surtout bien fait.

Enchaîner cette année comme la précédente n’était pas gagné d’avance. Clermont et Perpignan ont donc traversé cette saison comme deux paquebots à la stabilité quasiment sans faille. Fondée d’abord sur la stabilité des troupes. Pas de grands chambardements, pas d’emballements enflammés comme ceux auxquels s’abonnent les clubs de football.

Perpignan s’imagine volontiers en équivalent rugbystique de Barcelone

Perpignan, surtout, s’est distingué dans la stabilité de son effectif : deux recrutements seulement contre sept pour Clermont. On ne change pas une équipe qui gagne. Et les adaptations, par petites touches, se sont révélées d’une grande intelligence. L’arrivée en Auvergne du demi de mêlée international Morgan Parra, en provenance de Bourgoin-Jallieu (Isère), est sans aucun doute un des « plus » des Jaunards cette année. Par ses orientations de jeu souvent inspirées et par sa précision sur les coups de pieds de pénalités, ce jeune (21 ans) meneur d’hommes apporte une sérénité nouvelle aux Auvergnats.

Mais cette stabilité, les deux clubs peuvent aussi la construire grâce à leur investissement sur la formation. Tous ne seront pas samedi sur la feuille de match, mais Clermont compte dans son effectif neuf joueurs issus de son centre de formation, comme les emblématiques et fidèles Aurélien Rougerie et Julien Malzieu. Un vivier qui n’est pas prêt de se tarir, les Espoirs et les Crabos (moins de 19 ans) du club venant d’être sacrés champion de France.

Côté Perpignan, pas moins de onze joueurs sont passés par les structures de formation locales, dont le centre David Marty (arrivé en junior) et l’arrière buteur Jérome Porical. Un effort sur les jeunes que les dirigeants du club entendent poursuivre, en privilégiant encore plus la dimension identitaire d’un recrutement élargi à la Catalogne du côté espagnol. En pays catalan, Perpignan s’imagine volontiers en équivalent rugbystique du cousin du ballon rond de Barcelone. Cela en dit long sur les projets à long terme du club.

Le bouclier de Brennus tombera dans les bras d’un beau champion

Au petit jeu des similitudes, et pour revenir au terrain, on peut également noter le travail des deux équipes sur la mêlée, phase clé du rugby d’aujourd’hui. Les avants de Perpignan, déterminants l’an dernier, ont été les piliers de la victoire en demi-finale contre Toulouse, dont les gros bras, pourtant, ne se bougent pas facilement.

Même rôle déterminant pour les gaillards clermontois, dont la besogne fut essentielle face au pack toulonnais dans l’autre demi-finale. Enfin, dans un ultime duel où la régularité des buteurs s’avère de plus en plus incontournable, les forces en présence, là encore, n’offrent guère d’avantage décisif à l’une ou à l’autre des deux équipes.

Morgan Parra pour Clermont et Jérôme Porical jouent ces derniers temps les métronomes du coup de pied. À la veille du coup d’envoi, les deux équipes sont d’ailleurs d’accord sur un dernier point : aucune ne veut assumer le statut de favori.

L’affaire s’annonce « équilibrée », jurent tous les protagonistes. Alors pour ne pas rompre cette unanimité, assurons-le : samedi soir, le bouclier de Brennus tombera dans les bras d’un beau champion.

Jean-Luc FERRÉ
Source : La Croix

Le XV clermontois : Floch – Nalaga, Rougerie (cap), Joubert, Malzieu – (o) James, (m) Parra – Lapandry, Vermeulen, Bonnaire – Privat, Cudmore – Scelzo, Ledesma, Domingo

Remplaçants : Cabello, Zirakashvili, Pierre, Audebert, Senio, Lavea, Canale, Debaty

Le XV perpignanais : Porical – Planté, Marty, Mermoz, Manas – (o) Hume ou Laharrague, (m) Durand – Tuilagi, Perez, Tonita – Tchale-Watchou, Olibeau – Mas (cap), Guirado, Freshwater

Remplaçants : Tincu, Schuster, Vilacéca, Le Corvec, Mélé, Laharrague ou Burger, Mélé, Pulu

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