C’était la « France Rugby League » du Petit Caporal

Le Petit Caporal, Jacques Fouroux, passe à l'offensive en 1994

Nous étions au début des années 90, « Le petit caporal », Jacques Fouroux, lassé d’être mis de côté par une fédération garante de l’amateurisme et gérée à l’époque comme une république bananière décide de prendre les armes et de passer à l’ennemi. Paris, le 7 novembre 1994, Jacques Fouroux annonce lors d’une conférence de presse prévue à cet effet le lancement de la France Rugby League, un tournoi de rugby à XIII professionnel ! A cette époque une telle nouvelle fait l’effet d’une bombe. A ses côtés se trouve Kenneth Arthurson, président de l’International Rugby League Board, on apprend que les puissantes fédérations australiennes et anglaises appuient pleinement le projet de Jacques Fouroux et l’accompagneront dans son développement. Premier fait d’armes du « Petit Caporal », L’OPA sur le rugby à XIII français a été réalisée d’une main de maître ! La FFR13, n’a pas le choix et est obligée d’appuyer coûte que coûte ce projet Fouroux. Si l’annonce fait l’effet d’une bombe, la présentation de cette France Rugby League crée la stupéfaction générale : On annonce la création de 16 formations régionales et « à l’image des équipes cyclistes » le nom d’un sponsor sera accolé à celui de la région, l’entrée au stade sera gratuite, un show musical accompagnera chacune des rencontres, les rencontres se dérouleront en 4 quarts-temps comme au foot US, la saison sera calquée sur celle de l’hémisphère sud et la compétition se déroulera de mars à juillet. Juridiquement, la France Rugby League prendra la forme d’une SAOS et sera propriétaire à 51% de chacune des 16 équipes régionales. Jacques Fouroux oublie ses premiers amours et annoncent aux journalistes « le rugby à XV c’est 20 minutes de temps de jeu effectif ; le XIII c’est soixante minutes ». Les fédérations anglaises et australiennes seraient disposées à prêter quelques-uns de leurs joueurs pour relever un peu plus le niveau de jeu. Rappelons qu’à cette époque la France découvrait les joies du sport à la sauce américaine, la jeunesse de notre pays admirait les exploits des Mickael Jordan et se levait à 2 heures du matin pour regarder la finale du Superbowl sur Canal+. Lors de cette conférence de presse aucun nom de sponsor n’est avancé, pourtant Jacques Fouroux annonce que cette « League » sera financée essentiellement par le secteur privé. Il se murmure rapidement que M6, la petite chaîne qui monte au début des années 90 serait intéressée pour racheter les droits.

Avec ses 8 formations régionales, la France Rugby League espérait bien devenir le pendant français de la célèbre ARL australienne

En 1995, la première édition embryonnaire ne se jouera finalement qu’avec 8 formations régionales basées à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Avignon et Carcassonne lors des mois d’août et septembre. Le succès est au rendez-vous, les stades sont pleins, certaines rencontres se jouent devant 10 000 spectateurs, ce qui constitue un véritable petit exploit pour l’époque ou le XV peinait à remplir ses stades. La finale est annoncée au Stade de la Méditerranée de Béziers et ses 17 000 places, citadelle du rugby à XV. La pression de Bernard Lapasset, président de la FFR sur la mairie de Béziers est énorme, on menace la municipalité de ne plus accueillir un match des All Blacks comme prévu si elle organise la finale de cette France Rugby League. Finalement, la finale se jouera à Carcassonne, dans un stade beaucoup plus petit et déjà acquis à la cause treiziste, la rencontre voit la victoire de Toulouse-Midi-Pyrénées sur celle de Perpignan-Roussillon-Catalogne devant 9 000 spectateurs et devant les caméras de Canal plus.

Le PSG XIII malgré des débuts prometteurs, sera lui aussi un flop...

« Le petit caporal » connaîtra son Waterloo. Alors que le véritable envole était pour 1996, la France Rugby League est obligé de réduire la compétition à 6 équipes, les formations d’Avignon-Provence et de Lyon-Rhône-Alpes passent à la trappe. Toulouse-Midi-Pyrénées remporte sa deuxième finale consécutive face  à Marseille-Méditerranée. Alors qu’on annonçait une multitude de quinziste franchir le Rubicon, seule une poignée de marginaux oseront franchir le pas. Probablement, que le Napoléon du rugby français s’est dispersé entre cette France Rugby League et l’expérience du Paris-Saint-Germain en Super League anglaise, qui elle aussi s’avèrera être un flop. Le 1er septembre 1996, Jacques Fouroux démissionne de toutes ses fonctions, la France Rugby League meurt avec lui. Jacques Fouroux, grand visionnaire, avait compris avant tout le monde que le rugby se trouvait à une époque charnière, que le professionnalisme était inéluctable, il s’était juste trompé de camps. Le rugby à XV est passé lui aussi professionnel en août 95, avant de connaître une ascension vertigineuse que ni même l’illuminé « Petit Caporal » n’aurait pu prévoir.

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4 réflexions au sujet de « C’était la « France Rugby League » du Petit Caporal »

  1. Article très intéressant. Je n’avais pas eu vent de cette France Rugby League. Malheureusement, on peut voir où en est le treize aujourd’hui. C’est un sport qui se meurt. Il y a du jeu certes, mais franchement c’est assez ennuyeux comme sport.

  2. LOL Allbleu4ever, tu vas te faire tes amis 🙂 Je n’ai jamais entendu parlé de cette France Rugby League, par contre j’ai entendu parlé du PSG XIII, je sais que ça n’a pas été un franc succès. Les Dragons Catalans font de belles prestations en SL. On parle aussi de Toulouse XIII pour les rejoindre d’ici quelques années. Je crois que le club toulousain joue dans la D2 anglaise.

  3. « France Rugby League » et les « Super League » en Australie et en Europe (créées en 1996) auront fait mine de rien très peur aux instances dirigeantes du rugby à 15. Ces deux projets ont finalement contribué à leur manière à accélérer la transition des quinzistes vers le professionnalisme.

    « France Rugby League » était en tout cas une bonne idée (une ligue d’été jouées sur des terrains neutres). Mais le concept de spectacle à entrée gratuite financé par les sponsors a montré ici toutes ses limites.

    Ce concept était d’ailleurs celui des rencontres du PSG Rugby League et cela a aussi « tué » le projet dans l’oeuf au grand damn des dirigeants anglais.

  4. Pour moi, il y avait un projet de trop : c’est sûr. La France Rugby League avait pour vocation à regrouper tous les meilleurs français dans un championnat inter-régional fermé et resserré, si les 30 meilleurs joueurs français sont pris par la Super League, la FRL ne pouvait plus attiré les annonceurs. Se disputant en même temps, la SL et la FRL ne pouvaient que se faire de l’ombre mutuellement. Je suis d’accord pour dire que l’idée de la gratuité était un peu folle, mais je crois qu’il s’agissait de gratuité sur le court terme comme l’a fait une époque le Stade français. L’autre erreur pour moi et la période choisi : en août, les gens sont en vacances et à part le Tour de France les gens ne vont pas au stade. La bonne période aurait été un championnat allant de septembre à novembre pour la FRL. Une finale en novembre ou début décembre aurait fait parler d’elle, je pense.

    Je continue de croire que la France Rugby League reste LA solution pour que le XIII français sorte de là où il se trouve.

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