Quand les Celtes donnent une leçon aux Français et aux Britanniques

Le Pro12, un concept original pour le rugby

Je pensais avec avoir fait le tour de la question des franchises. Mais finalement plusieurs éléments s’étant déroulés ses derniers temps, sportifs ou extra-sportifs, semblent indiquer que les propositions faites dans le Manifeste « Projet Mister Rugby » soient plus que jamais d’actualité. 

La domination sans partage des clubs celtes

Nous nous sommes longtemps demandés lequel des deux championnats entre le Français et l’Anglais était le meilleur. Nous pouvons assurément répondre aujourd’hui : Ni l’un, ni l’autre. Ce sont les clubs issus du Pro12 qui mènent la danse. A l’heure où j’écris ces lignes sur 8 clubs en passe d’être quart-de-finaliste de la Coupe d’Europe, 6 sont celtes, 1 est anglais et 1 français. Bien sûr, nous attendons le match couperet entre Clermont et l’Ulster, bien sûr aussi l’histoire de cette compétition nous aura appris que la vérité d’une édition est rarement celle de la suivante. Mais tout de même !

Le Liberty Stadium

Alors le Top 14 Orange est-il devenu un sous championnat ? 

Certainement pas. Il reste le championnat le plus attractif du monde, celui qui remplit le plus les stades, le championnat le plus disputé, et même si le jeu est rarement spectaculaire il s’agit d’un championnat intense. Tout n’est pas à jeter, loin de là. Mais nous sommes obligés de constater que le contraste est saisissant entre les franchises galloises, irlandaises et écossaises d’un côté qui ont l’esprit complètement tourné vers la compétition continentale et des clubs comme Montpellier ou Biarritz de l’autre qui songent plus à leur maintien en Top 14 qu’à des rêves de finale européenne. Les celtes n’ont pas ce problème là car il n’existe pas de descente dans leur championnat, du coup ils n’hésitent pas à se focaliser sur la Heineken Cup quitte à délaisser quelque peu leur championnat qui apparaît alors comme un championnat de consolante. Tout le contraire de ce qui se passe en France. Pour synthétiser, on peut dire que le Top 14 est le championnat le plus attractif, mais le Pro12 celte est celui qui possède les meilleurs clubs européens.

Ironiquement, le Stade Toulousain, premier qualifié français pour les quart-de-finale doit son salut à la victoire surprise du petit poucet du championnat celte, le Connacht, face au caïd du championnat anglais, les Harlequins. Tout un symbole !

Le pire c’est que lorsque les clubs français gagnent ils ne fructifient pas leurs victoires. Perpignan et Biarritz, deux grands des années 2000, sont en train d’en faire l’amère expérience. Le maire de la cité catalane vient d’annoncer qu’il n’y aura pas de stade de 20 000 places pour l’USAP comme cela était annoncé depuis plusieurs années. Le premier magistrat se justifie « Les résultats du club n’ont pas pesé. Je connais assez le sport pour savoir qu’il se nourrit de hauts et de bas. C’est uniquement les critères économiques qui guident ma décision ». Comprenez « Même s’il le club avait été l’actuel leader du championnat, cela ne changerait rien car avec un tel championnat cela n’offre aucune garantie. ». Alors que d’un côté de la Manche les deux eternels rivaux qu’étaient les clubs de Swansea et de Neath se sont organisés autour d’une franchise commune, celle des Ospreys, devenant l’une des plus redoutables formations d’Europe, les clubs basques de Biarritz et de Bayonne occupent les profondeurs du championnat français. Là où les Ospreys jouissent aujourd’hui d’un superbe stade flambant neuf, le Liberty Stadium, l’agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz est écartelée entre deux projets fratricides d’agrandissement des stades Jean Dauger et Aguiléra. Les franchises celtes, assurée de jouer la Coupe d’Europe tous les ans ont investi dans des stades très haut de gamme, outre le Liberty Stadium(20 000 places), citons Thomond Park (27 000), le Cardiff City Stadium (27 000) ou le Park-y-Scarlets (15 000). Quel club français pourrait se venter de bénéficier d’avoir de telles installations ? Gallois et Irlandais ne nourrissent aucuns complexes face aux budgets pharaoniques des clubs du Top 14 Orange. Pas question pour eux de se lancer dans une course à l’artillerie lourde dont ils savent qu’ils sortiraient perdant, en achetant telle ou telle star sudiste. Les Gallois ont massivement investit dans la formation. A l’heure où Philippe Saint André se demande où il va trouver des ailiers et des piliers polyvalents de calibre international, de jeunes gallois, tels que Scott Williams, George North, John Davies ou Sam Warburton font le bonheur de leur sélection nationale. Pourtant si le BO a une équipe vieillissante, l’USAP est sans doute le club qui fut le plus actifs sur le marché des transferts des -20 ans. Seulement devant le risque d’une relégation, les entraîneurs hésitent trop à lancer dans le bain leurs 5 ou 6 internationaux dans les équipes de jeunes ; ils ont bien trop peur de leur manque d’expérience. Du coup, de toute la jeune garde catalane, seul le seconde-ligne Romain Taofifenua accumule les minutes de temps de jeu.

Un projet de club régional dans le Limousin

C’est probablement à partir d’un tel constat que le rugby limousin réfléchit très sérieusement à se lancer dans le grand bain d’un club régional. Ce qui constituerait une première en France, tous sports confondus. Plusieurs zones d’hombres existent cependant, où jouerait ce club ? À Limoges qui devrait disposer d’ici deux ou trois ans d’un nouvel écrin de 20 000 places ? Ou à Brive ? Si je crois profondément aux synergies pour des clubs appartenant à une même agglomération, je suis plus sceptique quand il s’agit de deux clubs appartenant à des villes distantes d’une bonne heure de route. Toutefois, le projet limousin a le mérite d’exister et d’essayer d’apporter des solutions dont d’autres devront s’inspirer.

 J’aurais pu continuer ma liste d’exemple avec le club de Lyon. Probablement le club en France qui offre les perspectives de croissances les plus intéressantes pour notre rugby avec notamment la possibilité de déménager pour le Stade Gerland d’ici trois ou quatre ans. Malheureusement, il semblerait que le club lyonnais soit sur le point de redescendre dans les oubliettes de la ProD2. Pour le remplacer par qui ? Par Dax ? Par Oyonnax ? Par des clubs qui seraient amenés de toute façon à jouer eux aussi à leur tour l’ascenseur ? Est-ce un modèle économique viable pour le sport professionnel ? Bien sûr que non !

 Anticipons l’avenir !

Philippe Saint-André rappelait récemment que la France est la première économie du rugby. Une réalité qu’on a un peu tendance à oublier. Ce statut devrait nous pousser à réfléchir un peu plus et à opter pour un système de championnat un peu plus élaboré. Le rugby français a connu une croissance hors-norme ces dernières années. Mais c’est peut-être bien la fin de notre Belle Epoque. La Ligue 1, de football devrait avec l’arrivée d’une dizaine de nouveaux stades passer à un cap supérieur, plus proche de ce qui existe en Allemagne ou en Angleterre. Les sports d’intérieurs comme le basket ou le hand bénéficieront, eux aussi, de nouvelles salles derniers cri, qui leur permettront eux aussi d’emboiter le pas et de ne plus passer pour les parents pauvres du sport pro hexagonal. Parallèlement à cette concurrence nouvelle, la situation économique en Europe obligera de plus en plus les collectivités locales à se désengager du sport professionnel. L’avenir n’est pas noir. Il est juste changeant et il appartiendra à ceux qui sauront le plus l’anticiper.

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