Les droits du Top 14 au centre de tous les regards

Canal+ détient les droits télé du Top 14 jusqu’en 2016. La LNR peut cependant dénoncer le contrat cette année.

Par Fabienne Schmitt et Christophe Palierse

Le Top 14, c’est terminé pour cette saison : la finale qui a consacré Castres champion de France a atteint, samedi, des records d’audience. Mais, en coulisse, c’est un tout autre match qui pourrait commencer. Car les propos tenus la semaine dernière dans nos colonnes par Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby (LNR), ne sont pas très rassurants pour Canal+, qui détient les droits TV du championnat de France de rugby jusqu’en 2016. « Notre contrat (…) comporte une option pour le dénoncer entre septembre et fin décembre », a-t-il rappelé. La Ligue nationale de rugby dispose, de fait, d’une porte de sortie au bout de deux ans, autrement dit cette année. Dénoncer le contrat signé avec Canal+ aboutirait à en renégocier les termes,et notamment le prix payé par la chaîne cryptée. Surtout, cela aurait pour conséquence le lancement d’un appel d’offres ouvert à tous pour trouver un partenaire télévisuel. A tous, donc à Canal+ naturellement, mais aussi à sa désormais grande rivale sur les droits TV : la chaîne Qatari BeIN Sport.
Pour l’heure, la LNR n’a « rien décidé » sur la dénonciation, ou pas, du contrat, confie Paul Goze. « Nous regardons », dit-il simplement. Mais c’est un regard particulièrement attentif que doit avoir la LNR sur ce dossier. D’abord, parce que tout le monde se souvient dans quelles conditions Canal+ a acquis les droits du championnat de France de rugby en 2011. Seule candidate, la chaîne cryptée avait osé limiter sa proposition à 18 millions d’euros par an pour deux matchs par journée, s’attirant les foudres de la LNR qui avait aussitôt estimé Canal+ « hors-jeu ». Finalement, la chaîne avait obtenu l’exclusivité des droits, y compris mobile et vidéo à la demande, pour 31,7 millions par an, dont 4,5 millions de part variable en fonction des audiences et de l’évolution du nombre de ses abonnés. Un montant inférieur aux 33 millions consentis par Canal+ et Orange lors du précédent appel d’offres.

BeIn Sport en embuscade

La pilule a dû laisser un goût amer à la LNR, dont on imagine mal qu’elle ne cherche pas, le moment venu, à renégocier le contrat. D’autant que les audiences des matchs de rugby sont très bonnes… et que les comptes du rugby français sont dans le rouge. Sur la saison 2011-2012, la perte nette du Top 14 atteint 13 millions d’euros (+ 3 millions d’euros sur un an). Toute rentrée d’argent serait donc la bienvenue
Reste à savoir si BeIN Sport serait intéressée. La chaîne Qatari a-t-elle contacté la LNR ? « Je ne répo ndrai pas à cette question », affirme Paul Goze, qui a tout intérêt à laisser planer l’incertitude. Pour sa part, BeIN Sport reste discrète, mais ses dirigeants disent depuis des mois qu’ils veulent diversifier les sports sur leurs chaînes, qui font aujourd’hui la part belle au football. BeIN, qui a déjà les droits de la Super League et de la NRL dans le rugby à treize, pourrait ainsi être intéressée par une compétition aussi prestigieuse que le Top 14. Pour la chaîne cryptée, l’éventuelle perte du championnat de France de rugby serait un coup très dur. Canal+ ambitionne en effet de faire du rugby le deuxième sport de la chaîne, après le football. Voilà qui promet encore un combat musclé.

Payez et circulez ! (IIème partie)

Je m’en suis un peu voulu d’avoir traité hier les dirigeants du rugby professionnel français de bande de guignols, certains n’ont-ils pas fait un vrai travail de qualité depuis que le rugby est passé pro ? En revanche, d’autres présidents n’ont pas tardé à réagir aux plaintes de Canal Plus. Selon Mourad Boudjellal, Canal Plus diffuserait les matchs du Top 14 gratuitement ou « soldé ». La façon de calculer de Mourad Boudjellal est simple comme une règle de trois : Si le Top 14 fait le tiers des audiences télévisées de la Ligue 1, alors Canal Plus devrait reverser au rugby le tiers de ce qu’ils reversent au foot (soit environ 150 millions d’euros). C’est un raisonnement simpliste et qui démontre un manque flagrant de clairvoyance du président toulonnais. Il ne faut pas raisonner en terme d’audience, d’ailleurs si Canal plus ne pensait qu’à l’audience il y a belle lurette qu’ils auraient supprimé le service payant. Canal plus raisonne en nombre d’abonnements : En réalité une grande partie des téléspectateurs qui regardent le Top 14 sur C+ sont en réalité des gens qui ont d’abord pris leur abonnement pour le football. Le rugby apparaît donc plutôt comme un amuse-gueule pour les passionnés de foot.

Mourad Boudjellal parle de « rugby soldé ». Il oublie de préciser qu’on solde les invendus. Si le Top 14 n’a pu avoir la somme escomptée, c’est tout simplement qu’aucune autre chaîne de télévision n’a bougé le moindre petit doigt pour obtenir ne serait-ce qu’une partie de l’offre du Top 14. Ce n’est pas le fabricant qui fixe le prix d’une oeuvre, c’est le marché qui s’en charge. En suivant, la logique magique de Monsieur Boudjellal nous serions tous millionnaire !

Le président toulonnais sait parfaitement tout cela, n’allez tout de même pas croire qu’il paie Frédéric Michalak un tiers de ce que Zlatan Ibrahimovic gagne au Paris Saint-Germain FC.

Je continue de croire malgré tout que le rugby est un excellent sport et que le Top 14 une très bonne compétition. Le Top 14 pèse bien plus dans le monde du rugby que la Ligue 1 ne le fait dans le monde du football. L’arrivée de la chaîne BeIN Sport changera, je l’espère, la donne pour le rugby. Mais si les présidents espèrent davantage des télévisions (c’est un enjeu capital pour pérenniser la professionnalisation de notre sport) ils ne devraient pas dévaloriser les 7 ou 8 grandes affiches qui sont susceptibles de vraiment intéresser les médias.

Mourad Boudjellal dans la Provence :

La Dépêche du Midi sort les vrais chiffres du Top 14

L’événement

Le Top 14 qui a repris hier soir avec le choc Stade Toulousain-Castres est une entreprise qui ne connaît pas la crise. Une croissance continue. De sorte qu’il est de nature à rendre envieux le premier chef d’entreprise venu. Les raisons d’un succès.

Tous les clignotants sont donc au vert comme l’indiquent nos infographies : les budgets des clubs qui ont triplé en dix ans et le nombre des spectateurs qui a augmenté de 50 % en cinq ans. Nous y ajouterons les audiences télévision sur Canal + : la dernière demi-finale Stade Toulousain – Castres au mois de mai dernier a ainsi réuni 1,2 million de spectateurs en moyenne. Un record d’audience pour le ballon ovale sur la chaîne cryptée.

De fait, le produit Top 14 est en pleine croissance depuis l’avènement de la ligue nationale en 1998.

Les raisons du succès sont multiples. Il tient d’abord dans la bonne image de ce sport qui a su attirer beaucoup d’entreprises qui se reconnaissaient dans les fameuses valeurs du rugby.

Aujourd’hui encore, le rugby joue beaucoup sur cette corde mais il devra faire attention à ne pas tarir la source ; certains comportements ces dernières saisons laissant craindre une certaine dérive selon le principe suivant : «Plus on attire du monde, plus on a de chance d’avoir des c…».

Ensuite, sportivement, le rugby a su mettre une place une compétition lisible (16 puis 14 clubs en poule unique) de tous et pas uniquement des initiés, à des années lumière des longues phases de poules du rugby de papa.

Et économiquement, la Ligue a veillé à ne pas creuser les disparités grâce à un système équitable de répartition de ses revenus et principalement des droits TV. Même s’il existe des écarts de budgets, la compétition est somme toute homogène ces dernières années avec notamment cinq champions de France différents en cinq saisons de 2006 à 2010.

Il faut bien reconnaître également que la compétition a été boostée par l’arrivée dans ce sport de chefs d’entreprise comme le président toulonnais Mourad Boudjelal qui ont permis l’arrivée de stars de la planète rugby dans notre championnat.

Les bastions du rugby, qui ne pouvaient suivre financièrement, ont trouvé une nouvelle raison de vivre dans le championnat de Pro D 2 qui regroupe seize équipes, une véritable antichambre qui permet de se préparer au grand saut dans l’élite.

Dans le même ordre d’idées, la croissance du Top 14 a permis de tirer vers le haut le rugby amateur. Son premier échelon, la Fédérale 1, intègre désormais des budgets qui eux aussi ont été multipliés par deux ou trois ces dernières années. Cette division accueille également quelques vieux soldats du Top 14 qui monnaient ainsi leurs dernières courses ou poussées en mêlées, profitant de la période dorée de ce sport. Jusqu’à quand ?

Fred Michalak l’une des stars du Top 14 gagnera bien plus des 10 000 euros, salaire moyen d’un joueur du Top 14 (photo : lemonde.fr)

10 000 € : le salaire moyen d’un joueur de Top 14

Le Top 14 est le championnat le plus attractif au monde. Ce constat s’explique d’un point de vue sportif mais surtout d’un point de vue financier ! Les budgets en France sont bien plus élevés que partout ailleurs. Du coup, le championnat français attire les «stars» étrangères.

Le club de Toulon en est l’exemple. Finaliste la saison passée, il possède dans ses rangs trois des plus gros salaires de l’Hexagone : l’Anglais Jonny Wilkinson est sans doute le joueur le mieux payé du Top 14 (il toucherait environ 1 million d’euros par an), l’Australien Matt Giteau fait aussi belle figure (environ 600 000€), sans oublier l’ancien Toulousain Frédéric Michalak (on parle de 700 000 €). Au Racing-Métro, c’est l’Argentin Juan-Martin Hernandez qui aurait le plus beau contrat, avec un revenu de 800000€ annuels – comparable à celui que touchait Sébastien Chabal qui, désormais, ne fait plus partie des bataillons du Trop 14.

Mais la moyenne des trente plus gros salaires du rugby de l’élite française paraît dérisoire si on la compare au football : elle est de 240 000 € annuels net.

Quant au salaire mensuel moyen tous joueurs compris, il a triplé en 10 ans, et tourne aujourd’hui autour de 10 000 € même s’il est en léger recul. Une baisse qui est une conséquence logique de la politique de Salary Cap instaurée en 2010, qui fixe à 9 millions l’enveloppe par club en Top14.

C’est ainsi que Clermont a abaissé son effectif de 38 à 34 joueurs en privilégiant son centre de formation. D’autres, à l’image de Paris ou Montpellier préfèrent faire appel aux étrangers, dans l’ensemble moins chers (un Argentin coûte en moyenne 6 000 € contre 30 000 pour un Français, et les Georgiens commencent à apparaître depuis quelque temps sur nos terrains).

Ces disparités s’expliquent par une contrainte d’avoir 50 % des joueurs de chaque effectif formés en France (40 % en 2011-12, 60 % en 2 013-14). Une mesure lourde de conséquences pour un club comme Toulon, qui mise beaucoup sur des stars étrangères et qui, un jour ou l’autre, devra sûrement changer son chéquier d’épaule.

Bien sûr, au-delà des recettes télés et des entrées au stade, chaque club compte sur des sponsors. C’était le cas sans doute dans le rugby d’autrefois, celui des champs, où les petites villes alignaient une équipe que finançait le plus gros employeur local.

Désormais, les gros budgets sont soutenus par des groupes industriels puissants. Pour prendre l’exemple du premier match de la saison entre le Stade toulousain et Castres Olympique, il est évident que ces clubs performants représentent une bonne image pour ceux qui les sponsorisent : Peugeot et EADS font confiance au Stade, et il n’est un secret pour personne que Pierre Fabre et son groupe pharmaceutique constituent le socle de l’équipe tarnaise.

H.L.

Expert : « Un modèle fait de diversité »

Quelle est la recette pour que le modèle économique du Top 14 fonctionne ?

Je ne pense pas qu’il y ait une recette. C’est un modèle fait de diversités. Aucun club ne ressemble à un autre. Il y a des clubs qui ont des structures budgétaires diversifiées, d’autres plus dépendantes de mécènes ou actionnaires puissants comme Biarritz ou Castres ; d’autres plus aidés par les collectivités. Au final, c’est un ensemble de clubs où la concurrence est importante.

Le développement futur du Top 14 passe-t-il par l’agrandissement ou la construction de stades ?

Le budget moyen des clubs est passé de 17,9 à 18,2. Une progression qui s’est ralentie par rapport aux années précédentes. La croissance du Top 14 est liée à deux facteurs principaux. Tout d’abord, l’agrandissement des stades. La Ligue a instauré un label Stade pour inciter les clubs à construire des infrastructures. N’oublions pas qu’au rugby, les recettes représentent 20 % des budgets. C’est beaucoup plus que dans d’autres sports professionnels. La progression de la fréquentation dans les stades est de l’ordre de 50 % en cinq ans. C’est la progression la plus importante dans un sport collectif. L’autre facteur de croissance concerne les droits télévision. Mais le dernier contrat avec des droits passant de 27,8 à 31,8 a été obtenu dans un contexte de non-concurrence.

Justement, on imagine volontiers que vous regrettez que la chaîne Al Jazira n’ait pas été présente au moment de la renégociation des droits télévision ?

Dans un environnement plus concurrentiel, il est probable que le rugby ait obtenu des droits télévision plus élevés conformes à ses performances récentes et à son attractivité.

Propos recueillis par Philippe Lauga

Les stades, vecteur de développement

Le Stade Aimé Giral de Perpignan, un stade qui a subi de nombreuses rénovations. Photo : Le10sport.com

Hier soir, le club de football de Lille a disputé face à Nancy son premier match dans son nouvel écrin. Une enceinte ultramoderne de 50 000 places avec un toit amovible et une pelouse rétractable. Et on vous laisse imaginer le confort réservé aux spectateurs loin des sièges poussiéreux ou sinistrés par les fientes de pigeons que réservent encore quelques stades de rugby aux supporters de leurs équipes.

À Bordeaux et à Lyon, les permis de construire ont été délivrés pour une livraison prévue en 2015. Ailleurs, sur la planète football de France, d’autres chantiers avancent dans la perspective de l’organisation de l’Euro 2016.

Le rugby profitera certainement de ces grands stades (Marseille, Lyon, Bordeaux) à l’occasion des demi-finales du Top 14 ou d’éventuelles délocalisations. Mais il doit aussi bâtir son avenir. Sans compter sur son voisin du football.

L’évolution du nombre de spectateurs depuis quelques années (voir infographie) l’impose. Mais pas seulement. Un stade moderne, c’est aujourd’hui, un stade qui permet de générer des ressources autres que la billetterie. Un club doit maintenant vendre des prestations et doit donc disposer de loges susceptibles de recevoir un grand nombre d’entreprises de plus en plus intéressées par le produit rugby, et les valeurs qu’il véhicule dans l’imaginaire collectif. L’an dernier, dans le cadre des barrages du Top 14, le club de Castres a choqué nombre de ses fidèles supporters puisqu’il a délocalisé cette rencontre face à Montpellier au stade Ernest-Wallon à Toulouse. La raison principale tient dans le fait que les dirigeants tarnais, bénéficiant à Toulouse d’un des meilleurs réceptifs de France ont pu vendre des prestations et engranger d’autres revenus, différents de ceux de la billetterie classique du stade Pierre-Antoine à Castres. Dans cet ordre d’idées, le secteur économie prend le pas sur le sportif (les deux entraîneurs Laurent Travers et Laurent Labit préférant évoluer dans leur jardin naturel plutôt qu’à Toulouse, alors considéré comme un terrain neutre). Au final, Castres ayant battu Montpellier : le «sportif» et «l’économie» se sont révélés gagnants. On appelle cela une délocalisation.

C’est la tendance à la mode dans le Top 14 depuis quelques années : le Stade Toulousain (au Stadium), Toulon (au stade Vélodrome de Marseille), le Stade Français et le Racing-Métro (au Stade de France), Bordeaux-Bègles (au stade Jacques-Chaban-Delmas). La saison dernière, pas moins de 21 rencontres du Top 14 ont été délocalisées, établissant un nouveau record (16 en 2010/2011 et 2009/2010). Certaines équipes n’hésitent pas à délocaliser dans un pays étranger : c’est le cas de Bayonne et Biarritz à Saint-Sebastien (Espagne) et de Perpignan qui recevra Toulouse à Barcelone.

Mais la solution à long terme réside dans la construction de stades. Montpellier a inauguré le sien en 2007. Le Racing-Métro aura le sien en 2014, l’Arena 92 où la vie du stade sera également assurée en dehors des jours de match avec des spectacles. La diversification au service du rugby.

Ph.L.

Ovalie Communication avec Biarritz

Pour cette rentrée du Top 14, le Biarritz Olympique (BO) a décidé de se faire accompagner par Ovalie Communication. La filiale du groupe Dépêche dédiée au marketing et à la communication spécialisée dans le rugby a remporté un contrat de dix ans auprès du club biarrot. Elle assurera la gestion de tous les contrats de sponsoring, la commercialisation des hospitalités, de la panneautique et de l’affichage maillot (régie). «Nous aurons à cœur à Biarritz de démontrer notre savoir-faire unique et notre plus-value en matière de marketing et de sponsoring afin d’accompagner le club dans ses projets de développement» a commenté Jean-Luc Gripond, vice-président exécutif d’Ovalie Communication.

Eclairage, droits TV : peut mieux faire

Avec des si… La croissance du Top 14 aurait pu être beaucoup plus importante.

Le rugby a, en effet, renégocié les droits TV avec le principal diffuseur Canal + dans un contexte de non-concurrence puisque la chaîne sportive Be In sport d’Al Jazira n’est apparue que quelques mois plus tard dans le paysage audiovisuel français. C’est alors le football qui a pu bénéficier de cette concurrence entre chaînes pour sauvegarder son pactole qu’on disait menacé.

L’arrivée de BeIn Sport dans le PAF risque de changer la donne dans les années qui viennent. Le Top 14 espère pouvoir en tirer des bénéfices.

Le mirage des 100 millions d’euros

S’il avait connu le même contexte, le rugby aurait pu lui tirer profit de cette «guéguerre» entre diffuseurs pour connaître une augmentation importante eu egard à sa montée en puissance ces dernières années. Le président Pierre-Yves Revol en avait d’ailleurs fait l’un de ses dossiers prioritaires au début de son mandat.

Avant le début des renégociations, les présidents les plus optimistes avaient alors tablé sur une offre financière de 100 millions d’euros. D’autres plus réalistes se seraient «contentés» de 50 millions d’euros. Au lieu de cela, la transaction s’est arrêtée à 31,7 millions d’euros sur une période de cinq ans, soit une petite augmentation de plus d’un million d’euros et une manne financière de 160 millions d’euros durant les cinq années du contrat.

Le juste prix ?

Au regard de l’exposition médiatique moins importante d’autres sports collectifs, le rugby pourrait tout de même s’estimer satisfait. Mais la Ligue pense que le développement du rugby français n’est pas reconnu à sa juste valeur par le diffuseur. Notamment si l’on compare par rapport au football (510 millions d’euros jusqu’en 2016). Mais le rugby peut toutefois s’enorgueillir de ne pas être dépendant des droits TV contrairement au football. En effet, pour exemple, Marseille qui avance un budget de 110 millions d’euros perçoit 50 millions de droits TV, soit près de l’équivalent de la moitié du budget…

Ph.L.

Source : ladépeche.fr

Canal Plus vs. LNR : le jeu du poker menteur


Où regarderez-vous vos futurs matches de Top 14 Orange ?

L’offre faite par le diffuseur exclusif du Top 14 Orange à la LNR a du laisser un froid dans le dos. Certains observateurs neutres n’hésitent pas à la qualifier de « ridicule ». Alors qu’il y a un an du côté de la ligue on parlait prétentieusement de chiffres avoisinant les 100 ou 150 millions d’euros, Canal plus vient de faire une offre inférieure à 20 millions d’euros par saison. En effet, le Top 14 Orange attire de plus en plus de téléspectateurs, il est devenu le championnat le plus lucratif de la planète, et un récent sondage nous indique qu’environ un abonné sur dix à Canal plus y serait uniquement pour le rugby. Quoi qu’on en dise les dirigeants de la LNR ont oublié le plus important des paramètres : Pour qu’une offre monte il faut qu’il y ait de la concurrence. Du côté de la chaîne privée, on se sent visiblement en position de force. Cela pose la question du monopole de Canal plus sur le marché français de la télévision payante. Cette situation est-elle vraiment normale dans une économie de marché ?

Dans un communiqué que je vous invite à lire ICI, la LNR constate « qu’en l’état de l’offre présentée, CANAL+ se met hors-jeu et prend le risque de ne plus être en mesure de proposer le TOP 14 Orange à ses abonnés les prochaines saisons. »

De son côté la ligue prétend avoir reçu une dizaine d’offres dont on ignore pour l’instant de qui elles proviennent et quels en sont les montant. Forcément du côté de la chaîne payante on veut croire à un gros coup de bluff car après le retrait de la chaîne Orange Sport personne ne semble se bousculer au portillon pour diffuser les images du Top 14.

Qui pourrait-être intéressé par le championnat ?

Les grandes chaînes généralistes ?

Il est peut probable que les grandes chaînes généralistes soient vraiment intéressées. Elles s’intéressent plus volontiers à des compétitions internationales comme la Coupe du Monde ou le Tournoi des 6 Nations. Bien que TF1 puisse s’appuyer sur sa chaîne Eurosport pour diffuser les images dans le monde entier, ainsi on pourrait imaginer que TF1 ne diffuse que les matchs très porteurs : Finale, demi-finales et éventuellement quelques matchs comme ceux entre le Stade français et Toulouse. Mais tout cela est peu probable d’autant plus que les chaînes généralistes se sont montrées très distantes. A moins qu’il ne s’agisse là aussi d’un coup de bluff pour pouvoir négocier plus sereinement avec la LNR cette hypothèse est tout de même peu probable.

Une offre découpée sur les nouvelles chaînes ?

Si la LNR a reçu une dizaine d’offre il s’agit probablement d’offres découpées, c’est-à-dire que plusieurs chaînes se partageraient l’offre en petit morceaux. Match en direct, pour les unes, matchs en différé, « Télérugby » et diffusion sur Internet pour les autres. Une chaîne comme Direct 8 a déjà montré son intérêt pour l’ovale, mais une telle chaîne ne peut s’offrir l’exclusivité des droits du Top 14 car son budget n’est en rien comparable à celui de Canal plus. Il est possible pour elle de s’associer à d’autres chaînes de la TNT pour  le partage des droits. Nous pourrions avoir les gros matches sur Direct 8 et les autres matchs sur MaChaineSport.

L’offre Internet ?

En dehors des chaînes traditionnelles d’autres annonceurs peuvent prétendre à une partie de l’offre. On pense en premier lieu au champion tricolore des sites web : Dailymotion qui vient de décrocher une partie des droits pour diffuser des images de la NBA sur le net. Surtout que le groupe Orange (France télécom) vient de rentrer à 49% dans le capital de Dailymotion, soit une valorisation de 120 millions d’euros, gonflant ainsi le budget de la sart-up française. Rappelons que Dailymotion est le deuxième site de partage de vidéo au niveau mondial et est l’un des 30 sites les plus visités. L’un des objectifs annoncés de cette entrée dans le capital est « la possibilité de pouvoir s’appuyer sur le savoir-faire d’Orange en matière de contenus tels que les news, le sport ou le divertissement. » (Cédric Tournay, PDG de Dailymotion)

Entretien de Cédric Tournay, PD-G de Dailymotion sur frenchweb.fr

Du rugby sur la chaîne du football ? Incroyable !

 

Incroyable ! La Ligue du football professionnel pourrait devenir le diffuseur du Top 14 !

Une autre option, la plus invraisemblable de toute, serait une association entre la LNR et la LFP (Ligue du Football professionnel). Les deux frères ennemis pourraient devenir des alliés de circonstances face à un Canal plus qui se sent en position de force. En effet, dans un an ce sera au tour de la LFP de négocier les droits de la Ligue 1, le foot risque de se trouver dans une situation similaire au rugby. Le football professionnel a donc anticipé cette position de monopole de la chaîne payante en lançant sa propre chaîne CFOOT. Pour l’instant la chaîne ne diffuse que des affiches de Ligue 2. Cependant, le rachat des droits (ou d’une partie) du Top 14 Orange par CFOOT montrerait la détermination de la LFP et  le sérieux du projet face à Canal plus au moment de renégocier les droits du football. La perte du foot et du rugby serait dramatique pour la chaîne payante.

L’option la plus vraisemblable reste donc le découpage des droits entre plusieurs diffuseurs : Direct 8, Ma Chaîne Sport, Dailymotion et pourquoi pas CFOOT.

Ne rendez pas vos décodeurs Canal plus tout de suite, car il semblerait que la LNR et Canal plus se sont lancés dans une partie de poker menteur. Canal plus à tout de même intérêt  à acheter les droits du rugby à leur juste prix car la qualité du championnat dépendra également du montant de l’offre télé. En revanche, la chaîne du groupe Universal semble de moins en moins intéressée par l’exclusivité du championnat, et c’est sans doute là que pourraient se manifester les acteurs précédemment cités.

Mais à l’heure ou la qualité des images des sites de streaming n’ont jamais été aussi bonnes l’option du sport payant n’est-elle pas dépassée ?

Mister Rubgy

Réservez vos places pour le Boxing Day !

Clermont- Auvergne- CA Brive, une des affiches du "Boxing Day"

Professionnalisme oblige, le rugby n’est plus seulement un sport. Il est devenu, n’en déplaise à certains, un véritable spectacle, comme peuvent l’être le cinéma ou le théâtre. A ce titre, le Top 14 Orange va franchir un nouveau pas dans ce sens en nous proposant une journée de championnat le 30 décembre. Ce concept existe depuis des années outre-manche, on l’appelle le Boxing Day.

Finalement, quoi de plus logique que des sociétés de spectacles offrent des prestations à une période de l’année ou le commerce bat son plein ?

En tout cas, en Angleterre ce concept fait un véritable tabac. Les ligues professionnelles de football et de rugby n’hésitent pas à réserver les meilleurs matches de la saison pour cette journée de Boxing Day. Cependant, dans les pays anglo-saxons, cette période correspond aux premiers jours de soldes, la frénésie d’achat atteint son paroxysme et les billetteries des clubs de Guinness Premiership n’échappent pas à la règle. Les stades sont alors archicombles, la bière coulent à flot, et les caisses des boutiques de chaque clubs sont remplis de Livres frappées du Profile de la Reine Elizabeth II. En revanche, cette période de solde n’arrive que bien plus tard sur le Continent. Rien ne semble indiquer que cette journée de Top 14 Orange connaîtra un succès semblable. D’autant qu’en France, cette période est surtout une occasion de rester chez soi et de se retrouver en famille. Peut-être aurait-il fallu proposer des prix spéciaux pour les familles pour cette journée. La LNR n’a pas doté cette journée d’affiches particulièrement alléchantes. Cochons toutefois, les matches Toulouse-Perpignan ou Montferrand-Brive qui devraient avoir une saveur particulière. Certains, un peu chauvins, diront que le Top 14, c’est le Boxing Day 26 journées tout au long de la saison. Canal + en tout cas se frotte les mains et proposera ce jour-là 5 heures de rugby non-stop !

Ce qui est certains c’est que pour une fois on ne se plaindra pas d’un calendrier trop chargé. Ce Boxing Day à la sauce rugby, est une fenêtre exceptionnelle pour notre sport et lors d’un court instant de reléguer le football à un second plan.

Au programme, en direct :

18h30 : MONTPELLIER/STADE FRANÇAIS commenté par Bertrand Guillemin et Thomas Castaignède
20h30 : TOULOUSE/PERPIGNAN commenté par Eric Bayle et Philippe Sella
22h40 JOUR DE RUGBY présenté par François Trillo