Quand les Celtes donnent une leçon aux Français et aux Britanniques

Le Pro12, un concept original pour le rugby

Je pensais avec avoir fait le tour de la question des franchises. Mais finalement plusieurs éléments s’étant déroulés ses derniers temps, sportifs ou extra-sportifs, semblent indiquer que les propositions faites dans le Manifeste « Projet Mister Rugby » soient plus que jamais d’actualité. 

La domination sans partage des clubs celtes

Nous nous sommes longtemps demandés lequel des deux championnats entre le Français et l’Anglais était le meilleur. Nous pouvons assurément répondre aujourd’hui : Ni l’un, ni l’autre. Ce sont les clubs issus du Pro12 qui mènent la danse. A l’heure où j’écris ces lignes sur 8 clubs en passe d’être quart-de-finaliste de la Coupe d’Europe, 6 sont celtes, 1 est anglais et 1 français. Bien sûr, nous attendons le match couperet entre Clermont et l’Ulster, bien sûr aussi l’histoire de cette compétition nous aura appris que la vérité d’une édition est rarement celle de la suivante. Mais tout de même !

Le Liberty Stadium

Alors le Top 14 Orange est-il devenu un sous championnat ? 

Certainement pas. Il reste le championnat le plus attractif du monde, celui qui remplit le plus les stades, le championnat le plus disputé, et même si le jeu est rarement spectaculaire il s’agit d’un championnat intense. Tout n’est pas à jeter, loin de là. Mais nous sommes obligés de constater que le contraste est saisissant entre les franchises galloises, irlandaises et écossaises d’un côté qui ont l’esprit complètement tourné vers la compétition continentale et des clubs comme Montpellier ou Biarritz de l’autre qui songent plus à leur maintien en Top 14 qu’à des rêves de finale européenne. Les celtes n’ont pas ce problème là car il n’existe pas de descente dans leur championnat, du coup ils n’hésitent pas à se focaliser sur la Heineken Cup quitte à délaisser quelque peu leur championnat qui apparaît alors comme un championnat de consolante. Tout le contraire de ce qui se passe en France. Pour synthétiser, on peut dire que le Top 14 est le championnat le plus attractif, mais le Pro12 celte est celui qui possède les meilleurs clubs européens.

Ironiquement, le Stade Toulousain, premier qualifié français pour les quart-de-finale doit son salut à la victoire surprise du petit poucet du championnat celte, le Connacht, face au caïd du championnat anglais, les Harlequins. Tout un symbole !

Le pire c’est que lorsque les clubs français gagnent ils ne fructifient pas leurs victoires. Perpignan et Biarritz, deux grands des années 2000, sont en train d’en faire l’amère expérience. Le maire de la cité catalane vient d’annoncer qu’il n’y aura pas de stade de 20 000 places pour l’USAP comme cela était annoncé depuis plusieurs années. Le premier magistrat se justifie « Les résultats du club n’ont pas pesé. Je connais assez le sport pour savoir qu’il se nourrit de hauts et de bas. C’est uniquement les critères économiques qui guident ma décision ». Comprenez « Même s’il le club avait été l’actuel leader du championnat, cela ne changerait rien car avec un tel championnat cela n’offre aucune garantie. ». Alors que d’un côté de la Manche les deux eternels rivaux qu’étaient les clubs de Swansea et de Neath se sont organisés autour d’une franchise commune, celle des Ospreys, devenant l’une des plus redoutables formations d’Europe, les clubs basques de Biarritz et de Bayonne occupent les profondeurs du championnat français. Là où les Ospreys jouissent aujourd’hui d’un superbe stade flambant neuf, le Liberty Stadium, l’agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz est écartelée entre deux projets fratricides d’agrandissement des stades Jean Dauger et Aguiléra. Les franchises celtes, assurée de jouer la Coupe d’Europe tous les ans ont investi dans des stades très haut de gamme, outre le Liberty Stadium(20 000 places), citons Thomond Park (27 000), le Cardiff City Stadium (27 000) ou le Park-y-Scarlets (15 000). Quel club français pourrait se venter de bénéficier d’avoir de telles installations ? Gallois et Irlandais ne nourrissent aucuns complexes face aux budgets pharaoniques des clubs du Top 14 Orange. Pas question pour eux de se lancer dans une course à l’artillerie lourde dont ils savent qu’ils sortiraient perdant, en achetant telle ou telle star sudiste. Les Gallois ont massivement investit dans la formation. A l’heure où Philippe Saint André se demande où il va trouver des ailiers et des piliers polyvalents de calibre international, de jeunes gallois, tels que Scott Williams, George North, John Davies ou Sam Warburton font le bonheur de leur sélection nationale. Pourtant si le BO a une équipe vieillissante, l’USAP est sans doute le club qui fut le plus actifs sur le marché des transferts des -20 ans. Seulement devant le risque d’une relégation, les entraîneurs hésitent trop à lancer dans le bain leurs 5 ou 6 internationaux dans les équipes de jeunes ; ils ont bien trop peur de leur manque d’expérience. Du coup, de toute la jeune garde catalane, seul le seconde-ligne Romain Taofifenua accumule les minutes de temps de jeu.

Un projet de club régional dans le Limousin

C’est probablement à partir d’un tel constat que le rugby limousin réfléchit très sérieusement à se lancer dans le grand bain d’un club régional. Ce qui constituerait une première en France, tous sports confondus. Plusieurs zones d’hombres existent cependant, où jouerait ce club ? À Limoges qui devrait disposer d’ici deux ou trois ans d’un nouvel écrin de 20 000 places ? Ou à Brive ? Si je crois profondément aux synergies pour des clubs appartenant à une même agglomération, je suis plus sceptique quand il s’agit de deux clubs appartenant à des villes distantes d’une bonne heure de route. Toutefois, le projet limousin a le mérite d’exister et d’essayer d’apporter des solutions dont d’autres devront s’inspirer.

 J’aurais pu continuer ma liste d’exemple avec le club de Lyon. Probablement le club en France qui offre les perspectives de croissances les plus intéressantes pour notre rugby avec notamment la possibilité de déménager pour le Stade Gerland d’ici trois ou quatre ans. Malheureusement, il semblerait que le club lyonnais soit sur le point de redescendre dans les oubliettes de la ProD2. Pour le remplacer par qui ? Par Dax ? Par Oyonnax ? Par des clubs qui seraient amenés de toute façon à jouer eux aussi à leur tour l’ascenseur ? Est-ce un modèle économique viable pour le sport professionnel ? Bien sûr que non !

 Anticipons l’avenir !

Philippe Saint-André rappelait récemment que la France est la première économie du rugby. Une réalité qu’on a un peu tendance à oublier. Ce statut devrait nous pousser à réfléchir un peu plus et à opter pour un système de championnat un peu plus élaboré. Le rugby français a connu une croissance hors-norme ces dernières années. Mais c’est peut-être bien la fin de notre Belle Epoque. La Ligue 1, de football devrait avec l’arrivée d’une dizaine de nouveaux stades passer à un cap supérieur, plus proche de ce qui existe en Allemagne ou en Angleterre. Les sports d’intérieurs comme le basket ou le hand bénéficieront, eux aussi, de nouvelles salles derniers cri, qui leur permettront eux aussi d’emboiter le pas et de ne plus passer pour les parents pauvres du sport pro hexagonal. Parallèlement à cette concurrence nouvelle, la situation économique en Europe obligera de plus en plus les collectivités locales à se désengager du sport professionnel. L’avenir n’est pas noir. Il est juste changeant et il appartiendra à ceux qui sauront le plus l’anticiper.

« Pour » ou « Contre » uniformiser les calendriers des hémisphères nord et sud ?

La nouvelle est passée assez inaperçue de ce côté-ci de la Manche, mais fait grand bruit au Royaume Uni et en Irlande. Selon certains tabloïds britanniques (WalesOnline, Dailymail) un consortium de dirigeants de clubs de l’Aviva Premiership et du Top 14 Orange souhaiteraient que caler la saison de l’hémisphère nord sur celle de l’hémisphère sud. Objectif ? En finir avec le saucissonnage des compétitions et surtout devoir jouer une partie de la saison sans internationaux. Avec en point de mire, une Coupe du Monde des clubs qui auraient lieux tous les deux ans !

Le rugby à XIII européen a franchi le pas il a  plusieurs années en calant la saison de la Superligue sur celle de l’ARL.

Mais une telle décision n’apporterait-elle pas plus de problème qu’elle en résoudrait ? Essayons d’y voir un peu plus clair en mettant sur une balance les arguments « Pour » la fusion des calendriers nordiste et sudiste, et les arguments « Contre ».

Uniformisation des calendrier nord-sud, Challenge mondial interclub, le rugby à XIII a franchis le pas. Pour un succès en demi-teinte

« Pour » le calage du calendrier de l’Hémisphère nord sur celui de l’Hémisphère sud.

 *  Nous évitons le saucissonnage des compétitions qui rend peu lisible le rugby professionnel d’aujourd’hui.

* Les internationaux seraient à disposition des sélections à des moments bien définis et les clubs pourraient les récupérer ensuite. Il n’y aurait plus cette aberration actuelle où des joueurs payés par leurs clubs doivent s’absenter lors de fenêtres nombreuses et mal définies pour des matchs internationaux. C’est l’argument de poids, car en France comme en Angleterre se sont les clubs les payeurs. Payeurs = décideurs, cela semble assez logique.

*  Exit les matchs dans la boue, avec des groupés pénétrants et des grands coups de savates, des terrains impraticables (comme celui du Stadium ce week-end). Place à un jeu plus proche de celui de l’hémisphère sud, avec plus de jeu. Tant pis pour les nostalgique, tant mieux pour les amateurs du rugby moderne.

*  Les confrontations nord-sud ne seraient plus faussées comme elles le sont aujourd’hui. Les joueurs seraient dans des états de formes identiques lorsqu’ils se rencontreraient lors des compétitions internationales.

à Nous évitons la confrontation directe avec le football qui est aujourd’hui le principal frein au développement du rugby.

« Contre » le calage du calendrier de l’Hémisphère nord sur celui de l’Hémisphère sud. 

* Le rugby est un sport d’hiver, en agissant ainsi nous ne ferions qu’accentuer le phénomène d’un rugby à deux vitesses, celui des amateurs et celui des professionnels.

*  En France et en Italie, la chaleur est insupportable en été. Difficile de jouer au rugby dans ses conditions. Bien sûr, il existe la solution de jouer les matchs en nocturne après 23 heures.

*  C’est à mon avis le principal argument « contre » : Comment diable faire venir du monde dans les stades quand tout le monde est en vacances. Imaginez-vous un seul instant que les clubs parisiens qui viennent d’investir une petite fortune dans des stades hauts de gammes accepteraient dans des coquilles vides ?

* En France, le rugby rentrerait en compétition avec le Tour de France. Le Tour de France c’est de 5 à 10 pages dans tous les quotidiens, c’est le premier événement sportif annuel au niveau mondial. Je préfère encore affronter la Ligue 1.  Pire encore, tous les 4 ans l’actualité du rugby passerait loin derrière celle des Jeux Olympiques.

*  Le tournoi des 6 Nations se disputerait en début de saison, et on peut légitimement penser que le niveau de jeu serait assez médiocre.

Fran Cotton lit-il le Blogue de Mister Rugby ? Oui à en croire son nouveau projet pour le rugby anglais

Conclusion : la refonte du calendrier permettrait certes, de résoudre certains problèmes mais de nouveaux problèmes au moins aussi importants arriveraient sur le devant de la scène. L’ancien pilier international anglais, Fran Cotton, prétend que cette idée d’uniformisation des calendriers est vieille comme le rugby et qu’elle nous empêche aujourd’hui au rugby anglais de se concentrer sur les vrais problèmes et d’apporter les vraies solutions. Je n’en pense pas moins. Selon lui, la France et l’Angleterre, sont les deux seules nations à posséder encore un système de club et que seule la France peut supporter (je suis moins convaincu que lui sur cette dernière affirmation). Son projet pour le rugby anglais ? Un projet invraisemblablement identique à celui proposé sur ce blogue pour le rugby hexagonal(cf : Projet Mister Rugby), à savoir un système de franchise sans montée ni descente avec des licences accordées pour trois à cinq saisons, un nombre de clubs participants aux phases finales plus importants. L’objectif faire évoluer les structures du rugby anglais.

Projet Mister Rugby : le débat est lancé sur la toile !

Le manifeste pour une autre organisation du rugby lancé sous le nom Projet Mister Rugby a été repris et publié –à ma demande- sur plusieurs blogues ovales de la toile et non des moindre : Le blogue de l’ancien commentateur vedette de France 2 Pierre Salviac rugbyolimpic.com l’a publié, Rugby Connection en a fait de même suscitant au passage de nombreuses réactions d’internautes. Le blog Sudrugby.com, spécialisé dans le rugby de l’hémisphère sud y a même consacré un post complet qui se veut critique et constructif. Je ne prétends pas détenir la vérité, l’idée première étant bien de faire des propositions pour le rugby d’élite et surtout de lancer le débat. Vous pouvez participer à ce débat sur le forum de rugbyrama.fr où les internautes, pour ou contre, se sont passionnés autour du projet (il y a plus de 15 pages de discussion autour du projet). D’autres blogues devraient s’y intéresser et notamment La Tête en Mêlée le blogue rugby du journal Libération. Je regrette seulement que Midi Olympique à qui j’ai envoyé un exemplaire n’ait pas souhaité pour l’instant relayé un débat qui a bel et bien été lancé sur la toile.

Liga Superiberica : C’est parti !

Lancement officiel de la Liga Superiberica

Tauromachie, ferias, bandas, et rugby ? Et non, je ne vous parle pas du Sud-Ouest mais bien de l’Espagne qui vient de connaître son premier match professionnel de son histoire avec le match d’ouverture entre les Vacceos Cavaliers (Franchise du Castille-et-Leon) emmenée par l’ancien All Blacks Joe McDonell contre les Mariners Costa Blanca de la Communauté Valencienne. Le match fut retransmis en direct sur Canal + España, qui a fait une grande promotion de cette nouvelle compétition. Renforcée par de nombreux joueurs britanniques, australiens et sud-américains la franchise valencienne remporta son match devant les 3 000 spectateurs venus curieusement assister à une telle rencontre. Demain, les Gatos de Madrid devraient recevoir les FC Séville-Andalousie et les Basques de Korsarioak recevront les Catalans de Almogavers à Saint-Sébastien. Malheureusement, le Portugal n’a pu présenter comme s’était initialement prévu des franchises pour des raisons financières. Cependant, comme son nom l’indique la Liga Superiberica, à vocation à être une ligue ibérique, et des franchises portugaises pourront rejoindre la Superiberica dès la saison prochaine. Chacune des 6 équipes s’affronteront en matches aller-retour, la finale aura lieu sous forme de « final four » dans un grand stade espagnol. Canal Plus s’est donc engagé à retransmettre chaque journée la plus belle rencontre, les médias sportifs ibériques (Marca, As, El Mundo Deportivo, Sports) ont suivi. Canterburry, visiblement très intéressé par le projet espagnol sera  l’équipementier exclusif des six équipes engagée dans la compétition. Avec, l’arrivée d’un championnat professionnel en Russie, le rugby a franchi un pas important cette année.  Le Blogue de Mister Rugby gardera bien sûr un œil attentif sur ce qui se passe chez les transpyrénéens !

 

Les équipes :

 

          Los Gatos de Madrid

          Vacceos Cavaliers

          Euskadi Korsarioak

          Blaus Almogovers

          FC Séville-Andalousie

          Mariners Costa Blanca

 

 

Pays de Galles, le secret du succès

Le Pays de Galle, champions d'Europe et champions du Monde de rugby à 7 bénéficient d'un système sportif cohérent

 

Je pourrais m’acharner sur les joueurs du XV de France, sur Sébastien Chabal, sur l’entraineur… Comme beaucoup l’ont fait après cette cuisante défaite contre l’Angleterre. Il me semble que les journalistes de l’ovale se trompent de cibles. Bien sûr, l’entraineur a commis des fautes, notamment sur le plan stratégique, il est un peu étrange de vouloir gagner battre les Anglais sur la puissance. Non ? Nous n’avons pas perdu contre l’Angleterre parce que notre joueur vedette a loupé un placage. Non, nous avons perdu ce « crunch » parce que la FFR et la LNR n’ont absolument rien fait pour qu’on puisse un jour jouir d’un Quinze de France, compétitif au plus haut niveau international. Les résultats obtenus contre la Nouvelle Zélande en 2007, ou contre le Pays de Galles dernièrement ne sont dûs qu’au talent de nos joueurs. Malheureusement, le talent ne fait pas tout. Les Anglais auteurs d’un match magnifique contre les Bleus sont week-end ne sont pourtant plus des caïds du vieux continent. Non, le vrai choc, la finale aura lieu ce week-end entre Irlandais et Gallois. Les deux nations celtes sont d’ailleurs les deux meilleures formations européennes au classement IRB (4ème place pour les joueurs de l’île d’émeraude et 5ème pour les Diables Rouges). Le « Crunch » n’est plus le grand choc de l’Hémisphère Nord. Pourtant, avec pas plus de 45 000 licenciés, les fédérations galloises et irlandaises passent pour des Petit Poucet à côté de notre FFR ou de la RFU.

 

Observons un peu le système gallois :

 

1-Des clubs centenaires franchisés

 

A la fin des années 90, le rugby gallois bâtit un plan appelé « rugby régional » d’abord très controversé. L’idée et de donner la priorité à l’équipe nationale, s’inspirant un peu du système déjà mis en place dans l’Hémisphère Sud avec le Super 14. Quatre franchises sont alors créer en 2003 : les Cardiff Blues, les Ospreys, les Newport Gwent Dragons et les Llanelli Scarlets, non sans difficultés car le Pays de Galles possède une vieille tradition de clubs. La rivalité entre Neath et Swansea est tout a fait comparable par exemple à celle qui existe en France entre l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique, les deux entités ont néanmoins dû fusionner pour la création des Ospreys. Dans chacune de ses franchises on a donné la priorité aux joueurs nationaux, même si partiellement certains joueurs étrangers sont invités à renforcer les effectifs. La grande force du rugby gallois est celle d’avoir créer ces franchises sur le socle de clubs déjà existants et de tradition centenaire.

 

2-Des stades ultramodernes

 

Alors que notre FFR ne gagne pas un sou à chaque fois qu’elle remplis le Stade de France, la Welsh Rugby Union, elle, réalise un véritable jack-pot à chaque fois que les Dragons rouges jouent au Millenium Stadium  placé en plein cœur de Cardiff. Du coup la fédé galloise n’hésite pas à sortir le grand jeu à chaque fois que les joueurs gallois entrent dans leur chaudron avec un spectacle pyrotechnique (façon Miami Heat) à la clef. Nous sommes là, très loin de l’ambiance maussade de l’enceinte dyonisienne. Mieux, puisqu’elle est propriétaire des lieux, la WRU récupère de l’argent à chaque fois qu’il y a un match de foot, de criquet ou qu’un concert de Madonna est organisé au Millenium.

 

Mais ce n’est pas tout. Avec la création du Liberty Stadium et du Parc y Scarlet, les franchises des Ospreys ou des Scarlets disposent elles aussi d’outils ultramodernes qui feraient pâlir d’envie bien des clubs du Top 14 obligés de négocier avec la municipalité du coin de meilleures infrastructures. Newport devraient eux aussi posséder leur super stade dès l’année prochaine.

 

3/Un système pyramidale et une détection/formation performante

 

En dessous des franchises, on retrouve une Welsh Premiership regroupant les 14 meilleurs clubs du pays.

La WRU a aussi mis en place en 2005 un centre d’excellence pour former les meilleurs jeunes de la principauté parmi 45 000 licenciés.

 

Les jeunes joueurs laissés de côtés par les clubs sont pris par la fédération pour participer au séries mondiales de rugby à 7, pas étonnant donc que les Gallois aient gagné le dernier mondial à Dubaï. De cette façon, la WRU fait encore une fois preuve d’esprit visionnaire puisque le 7 sera très probablement une discipline olympique.

 

Rien d’étonnant donc que les Gallois entreront ce samedi sur la pelouse du Millenium Stadium pour essayer de remporter pour la deuxième fois consécutive le titre de Champion d’Europe !

Heineken Cup : Quel spectacle ces Gallois !

 

Ceux qui continuent de défendre le rugby de clubs tel qu’il existe aujourd’hui en France et de voir les franchises comme un rugby à la Mickey préfabriqué n’ont du voir dans les résultats de ce week-end qu’un simple hasard. De mon côté je m’inquiète très sérieusement : les deux premiers du championnat, Toulouse et Paris, se sont inclinés face à Glasgow et aux Llanelli Scarlets, deux des franchises prétendues comme les plus faibles de cette Coupe d’Europe ! Ni l’une, ni l’autre n’avait d’ailleurs gagné le moindre match en Heineken Cup cette année. Aujourd’hui des sept clubs engagés Toulouse, Perpignan, Clermont, Paris, Castres, Montauban et Biarritz seuls les premiers cités peuvent encore être qualifiés pour les quarts de finales ! Et encore les hauts garonnais devront aller s’imposer à Bath, l’une des meilleures formations anglaises, que les stadistes avaient eu le plus grand mal à battre à domicile. Que dire de Biarritz qui a connu d’énormes difficultés face aux Italiens du Calvisano ? Plus que le score (31-17), c’est surtout la manière dont les Scarlets ont obtenu leur victoire qui a marqué le contraste : Si les Parisiens n’ont marqué leurs essais que sur contre ou en fin de partie quand la victoire galloise était déjà acquise, ne brillant que par quelques actions individuelles de Beauxis, Gasnier ou Bastareaud, les Scarlets eux ont fourni un grand spectacle. Llanelli a pratiqué un jeu fluide et résolument tourné vers l’offensive et tout simplement le plaisir de jouer au rugby à l’image du jeu des Ospreys contre l’USAP samedi ou bien du jeu dont les Cardiff Blues nous ont habitué dans cette Coupe d’Europe.  Les clubs gallois, eux aussi, possèdent une grande tradition. Autrefois moribond, le rugby gallois a su faire sa révolution, laisser de côté les rivalités de clochers ridicules, avancer, favoriser ses meilleurs joueurs, moderniser leurs stades (à ce sujet la nouvelle pelouse semi synthétique des Scarlets est une grande réussite pour les joutes hivernales),  et surtout proposer un jeu vraiment agréable à regarder. Mélange d’audace et de technique individuelle, le jeu des franchises galloises est un véritable plaisir pour l’œil et visiblement les joueurs se régalent… Plutôt que pleurer sur la déroute des clubs tricolores je préfère m’extasier devant la renouveau du rugby celte, parce que cela me donne l’espoir qu’un jour aussi le rugby hexagonal connaîtra son renouveau et prendra résolument la voie du professionnalisme.

Énième proposition pour notre championnat

J’ai pris en considération les nombreuses critiques apparues sur mon blogue, mais surtout sur le forum de rugbyrama suite à ma proposition d’un championnat fermé et disputé par des franchises : « Trop américain », « Contraire à notre culture », « faisant la part belle aux grandes villes au dépend du rugby des campagnes. » étaient les répliques les plus récurentes. J’ai laissé mon amour propre dans ma poche, et je me suis mis à réfléchir, à essayer de trouver LA solution à un problème aux équations multiples. Un championnat qui puisse répondre à la fois aux exigences du rugby de haut niveau, qui préparerait les joueurs aux joutes internationales contre les nations de l’Hémisphère Sud, qui ne mangerait pas trop de dates sur le calendrier de la saison, qui se rapprocherait des grandes aires urbaines tout en laissant toute sa place au rugby des sous-préfectures, et surtout qui correspondrait pleinement à notre culture de club, puisque c’est essentiellement ça que l’on m’a reproché. A défaut de revenir avec LA solution, je reviens avec UNE solution qui pourrait satisfaire le plus grand nombre.

Phase Une : Une poule unique à 16 clubs.

La première phase de ce championnat serait une poule unique de seize clubs que l’on appelera « Top 16 ». Cette poule unique se disputerait en match « aller » uniquement. Ce qui prendrait 15 journées. La formule offre plusieurs avantages : Le premier d’entre eux c’est qu’on évite la consanguinité qui nous menace grandement avec l’arrivée d’un possible Top 12 et qui serait fatale au rugby ; il ne faut surtout pas fermer la porte à d’autres régions qui ne sont pas aujourd’hui présentes dans le rugby d’élite mais qui pourraient « nous » rejoindre dans l’avenir. Le deuxième avantage est que cette formule consomme peu de journées et laisse donc la place à la récupération et à la préparation des joueurs de haut niveau. Troisièmement, avec 16 clubs en première division on évite de réduire le réservoir de l’équipe de France et on peut laisser les clubs faire venir librement des joueurs étrangers dans le championnat sans que cela ne soit fatal au Quinze de France. Quatrièmement, en jouant des matchs « aller » uniquement il n’y a plus de calcul à faire il faut jouer tous les matchs « le pied sur le champignon » pour passer à l’étage supérieur, comme en SUPER 14 ou dans le championnat anglais !

Je répertorie néanmoins certains inconvénients :

Y-a t’il vraiment de la place pour 16 clubs d’élite en France ? En effet, comme cela a été écrit dans un autre billet, la profondeur du réservoir de joueurs est une chose, sa qualité en est une autre. Cependant, on peut affirmer qu’en ajoutant deux clubs à notre championnat, on ne prend pas trop de risques, surtout si les clubs continuent de se renforcer, comme il le font, avec ce qui se fait de mieux dans le monde du rugby. De plus, avec un championnat où tous les matchs doivent se jouer à fond le niveau d’ensemble devrait même s’élever sensiblement malgré la présence des deux clubs supplémentaires.

Une poule unique est-elle vraiment équitable ? En tout cas, on peut affirmer qu’elle ne l’est pas moins qu’un championnat disputé en plusieurs poules. J’ajouterai que le SUPER 14 et surtout le Tournoi des 6 Nations ont déjà adopté cette formule, peut-être parce qu’elle est celle qui correspond le mieux à notre sport.

Il existe bien évidemment un problème d’ordre financier : À la place de 13 matchs à domicile, les clubs n’en auront plus que 7 ou 8 à offrir pour le championnat. C’est là qu’interviendra la deuxième phase du championnat. Mais sachez avant, d’en venir à cette deuxième phase, qu’un spectateur, même complètement amoureux de notre sport, ayant lui aussi un porte-feuille à gérer, n’assistera que très rarement à TOUS les matchs, il en sélectionnera probablement 6 ou 7 sur les 13 existants (surtout si l’un des deux clubs en question à décidé de faire une impasse). Donc les spectateurs se concentreront sur ces 7 ou 8 matchs à la maison au lieu de se répartir sur 13 matchs.

Phase deux : Un Super 4

Un Super 4, remplacerait des demi-finales, souvent tristes en spectacle !

Les quatres premiers de la poule unique s’affronteraient dans une sorte de Super 4, sur le mode : tout le monde rencontre tout le monde, en match « aller » seulement (même si d’une certaine manière ceux-là sont déja des matchs « retours » de la première phase) et sur terrain neutre. Les deux premiers clubs étant qualifiés pour la finale. Je ne vois que des avantages à ce Super 4 :

On retrouve cette folie des phases finales qui font vraiment parti de notre culture.

On évite les matchs ennuyeux que sont les demi-finales en attribuant toujours des points de bonus offensif et défensif. Les quatres meilleurs clubs de France joueraient d’avantage pour gagner que pour ne pas perdre. On préparerait ainsi les joueurs au jeu voulu par les entraineurs du XV de France. Sachant aussi, qu’en mai et juin, les terrains sont secs et donc plus propices au « rugby spectacle ».

Financièrement, ces matchs se joueraient essentiellement dans des grands stades (Marseille, Bordeaux, Montpellier, Toulouse, Lyon, etc.) nous aurions 6 demi-finales au lieu de deux aujourd’hui. L’argent serait équitablement répartis entre les 16 clubs du championnat. Le renouvellement du parc des grands stades de France avec pour point de mire l’Euro 2016 devrait permettre d’avoir un grand succès populaire autour de ce « Super 4 ». Comme la plupart des stades en France appartiennent aux municipalités et non pas aux clubs de football, le foot devra apprendre à partager l’espace d’un cours instant. Sur ces 6 matchs, un ou deux pourraient se jouer sur des terres « en voie de développement » à Lens, Lille, Strasbourg, Nantes ou Rennes. Les noms des stades et le calendrier de ce Super 4, seraient connus dès le début de la saison, et les billets seraient mis en vente dès que commence la première phase à seize clubs afin de remplir tous les stades.

Cela constituerait un temps fort pour le rugby au niveau hexagonal, sachant que notre sport ne peut lutter toute l’année avec le football, le rugby à besoin de ce style de fenêtre médiatique (sans que pour autant la première phase à 16 clubs soit dépréciée puisque ce « Super 4 » ne constitue qu’une sorte de demi-finales améliorées).

Le rugby se réapropierait, l’espace de trois semaines, les grandes aires urbaines de notre pays et leur pouvoir financier, vital pour le rugby professionnel, sans pour autant, et c’est important, que le rugby des villes plus petites subissent un préjudice.

Voilà beaucoup de ceux qui avaient critiqué ma première proposition avançaient qu’il existait deux types de public, un public de passionnés, fin connaisseur de ce jeu, toujours fidèle, et un public beaucoup plus large, plus urbain peut-être, qui apprécie le rugby mais qui est aussi plus volatil venant plus pour le spectacle, pour l’événement que pour le jeu.  Si la thèse avancée est vraie, elle est probablement, une telle formule repondrait parfaitement à la demande des premiers comme des seconds.

Voilà nous avons donc, un championnat qui se dispute en 15 journées+3 journées+ une finale : 19 journées. Contre 28 journées aujourd’hui avec le Top 14 ! Ce qui laisse la place pour une cerise sur le gâteau :

Bonus : Un jeu des étoiles

À l'image d'autres sports comme le Basket, le rugby pourrait ainsi avoir son "Jeu des Étoiles"

En circulant sur le site internet de la fédération canadienne, j’ai pu lire que leur championnat d’élite, dans la plus grande tradition nord-américaine, comporte un « Jeu des étoiles ». Alors pourquoi pas avoir notre propre « Jeu des étoiles » à la française ? Avec d’un côté une sélection tricolore, avec les meilleurs joueurs français, qui ressemblerait fortement au XV de France et qui serait entrainée par son « staff » et de l’autre côté une sélection étrangère (à laquelle il faudrait trouver un nom de guerre) dans laquelle on retrouverait les meilleurs étrangers (Imaginez un peu, Dan Carter, Kelleher, Juan Hernandez, Nalaga, Sowerby, Sonny Bill Williams, Mark Gasnier dans une même équipe !). Les journalistes pourraient être, pour une fois, les sélectionneurs de la sélection étrangère ce qui permettrait de faire parler de l’événement dans les médias. Ce jeu des étoiles se jouerait dans un très grand stade (Lyon, Marseille, Stade de France) et pourrait avoir lieu par exemple une ou deux semaine(s) avant le Tournoi des 6 Nations et qui servirait au Quinze de France d’avoir une semaine d’entrainement supplémentaire ainsi que d’un gros match de référence avant le Tournoi. Ça serait la Ligue Nationale de Rugby qui organiserait ce match et, là aussi, les revenus de cet événement serait reversés à tous les clubs professionnels (pour le manque à gagner des quatre matchs supprimés à la maison). Ce concept à déjà été repris par plusieurs sports (au moins le basket et le handball sous le nom de « all stars game ») mais le rugby est l’unique discipline en France qui est capable de présenter une sélection étrangère composée de ce qui se fait de mieux dans le monde, on aurait grandement tort de ne pas vouloir en profiter.