Payez et circulez ! (IIème partie)

Je m’en suis un peu voulu d’avoir traité hier les dirigeants du rugby professionnel français de bande de guignols, certains n’ont-ils pas fait un vrai travail de qualité depuis que le rugby est passé pro ? En revanche, d’autres présidents n’ont pas tardé à réagir aux plaintes de Canal Plus. Selon Mourad Boudjellal, Canal Plus diffuserait les matchs du Top 14 gratuitement ou « soldé ». La façon de calculer de Mourad Boudjellal est simple comme une règle de trois : Si le Top 14 fait le tiers des audiences télévisées de la Ligue 1, alors Canal Plus devrait reverser au rugby le tiers de ce qu’ils reversent au foot (soit environ 150 millions d’euros). C’est un raisonnement simpliste et qui démontre un manque flagrant de clairvoyance du président toulonnais. Il ne faut pas raisonner en terme d’audience, d’ailleurs si Canal plus ne pensait qu’à l’audience il y a belle lurette qu’ils auraient supprimé le service payant. Canal plus raisonne en nombre d’abonnements : En réalité une grande partie des téléspectateurs qui regardent le Top 14 sur C+ sont en réalité des gens qui ont d’abord pris leur abonnement pour le football. Le rugby apparaît donc plutôt comme un amuse-gueule pour les passionnés de foot.

Mourad Boudjellal parle de « rugby soldé ». Il oublie de préciser qu’on solde les invendus. Si le Top 14 n’a pu avoir la somme escomptée, c’est tout simplement qu’aucune autre chaîne de télévision n’a bougé le moindre petit doigt pour obtenir ne serait-ce qu’une partie de l’offre du Top 14. Ce n’est pas le fabricant qui fixe le prix d’une oeuvre, c’est le marché qui s’en charge. En suivant, la logique magique de Monsieur Boudjellal nous serions tous millionnaire !

Le président toulonnais sait parfaitement tout cela, n’allez tout de même pas croire qu’il paie Frédéric Michalak un tiers de ce que Zlatan Ibrahimovic gagne au Paris Saint-Germain FC.

Je continue de croire malgré tout que le rugby est un excellent sport et que le Top 14 une très bonne compétition. Le Top 14 pèse bien plus dans le monde du rugby que la Ligue 1 ne le fait dans le monde du football. L’arrivée de la chaîne BeIN Sport changera, je l’espère, la donne pour le rugby. Mais si les présidents espèrent davantage des télévisions (c’est un enjeu capital pour pérenniser la professionnalisation de notre sport) ils ne devraient pas dévaloriser les 7 ou 8 grandes affiches qui sont susceptibles de vraiment intéresser les médias.

Mourad Boudjellal dans la Provence :

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Le Top 14 Orange, à bout de souffle ?

L'affiche du derby Stade français vs. Racing

Cela parait invraisemblable de poser la question, les audiences de l’année dernière battirent tous les records faisant du Top 14 le deuxième championnat français tous sports confondus, derrière le football. Une enquête menée par le blogue ami Sporpedia.fr faite pays par pays montre qu’il s’agit du troisième championnat de rugby (XV-XIII mélangé), derrière le Super 15 (hémisphère sud) et la NRL (Australie, rugby à XIII). Ce qui signifie que lorsqu’on parle de rugby à XV, le Top 14 Orange est tout simplement le championnat national réalisant la meilleure audience au niveau mondial.  Plutôt que de partir dans de longues descriptions je vous propose de consulter les résultats de l’enquête de Sportpedia.fr.

Alors qu’on aurait pu légitimement penser que l’arrivée de clubs issus de grandes métropoles comme Lyon et Bordeaux allait dopé l’affluence dans les stades du Top 14, il n’en est rien. C’est le contraire qui semblerait se produire depuis le début de la saison ! Bien sûr me direz-vous, il faut tenir compte de la Coupe du Monde qui a fait de l’ombre au championnat. Mais nous pouvons constater, que les délocalisations ont de plus en plus de mal à remplir les grands stades. Deux exemples, ce week-end : le match entre le Stade français et Clermont n’a attiré « que » 63 000 spectateurs. Celui entre le Stade Toulousain et l’USAP, lui, a attiré 25 000 spectateurs. Jusqu’à présent Paris et Toulouse nous avaient habitué à remplir le Stade de France et le Stadium. Les matchs de l’UBB et du LOU dont on attendait beaucoup, s’ils n’ont pas été des flops, n’ont peut-être pas eu le succès escompté : Aucun match ne s’est joué devant plus de 20 000 spectateurs, même s’il est vrai qu’ils ont délocalisé en pleine période de Coupe du Monde. D’autres clubs comme Toulon ne délocaliseront plus, notamment car le Vélodrome de Marseille sera en rénovation. Ce système de délocalisation commence à montrer ses limites car trop d’événement tue l’événement. Il va falloir créer de la croissance autrement.

Une conférence de presse trop fabriquée ?

 C’est peut-être de ce constat que les deux clubs franciliens, le Stade Français et le Racing, ont eu l’idée d’utiliser le concept d’un derby monté de toute pièce, conférence de presse façon match de boxe, à l’appuie où dirigeants et joueurs s’envoient des vannes par micro interposés (dont voici l vidéo). Une comm’ qui se voit est-elle vraiment une bonne communication ? Je ne suis pas certains que ce genre de pseudo-événement corresponde à ce qui a fait la renommée et la reconnaissance de notre sport : un sport de gentlemen. Mais, il est vrai que nous sommes aujourd’hui dans la culture du buzz et que cette conférence de presse annonçant le derby parisien qui se tiendra au Stade de France début décembre devrait plaire au plus grand nombre.

Je préconise surtout aux clubs qui ont recruté à tout va, fait venir des stars et ont largement usé des paillettes, de nous proposer maintenant un jeu plus attractifs. De meilleure qualité, les petits tas et les grands coups de savates commencent à fatiguer sérieusement les spectateurs. Bien sûr le rugby à XV, n’est pas du rugby  à 7, les gens viennent voir du combat, des mêlées et des groupés pénétrants. Mais ne proposer que ça, va courir à la perte du rugby en Europe. Le foot et d’autres sports français souffrent de leur manque de compétitivité et de résultats au niveau mondial. Pour l’instant le rugby est le sport qui, en France, s’en tire le mieux et le Top 14 est en passe de rattrapé la Ligue 1 en terme d’audience dans les stades. Cependant il est grand temps d’anticiper les difficultés avenirs, des premiers signes montrent que le rugby peut vite se retrouver, lui aussi à bout de souffle, s’il ne sait pas évoluer. Rénover ses stades et la qualité de son jeu. Nos voisins footballeurs l’ont bien compris et investissent aujourd’hui massivement dans des grands stades nouvelles générations qui devrait permettre à la Ligue Un de refaire une partie de son retards sur les autres championnats européens. Ne nous contentons pas de ce que nous avons à proposer maintenant, nous aussi sachons évoluer.