NRL : Finale de folie des South Sydney Rabbitohs face aux Roosters !

Issac Luke franchit la ligne des Roosters pour un conclure un match inoubliable ! (Image : Stuff.co.nz)

J’ai publié il y a quelques jours un article sur le State of Origin, la compétition phare du rugby à XIII australien. Dans ce pays où XIII et plus grand que XV le spectacle ne s’arrête décidément jamais :

Ce week-end avait lieu le derby de Sydney entre les Rabittohs et les Roosters. Comprenez les « Petits lapins » et les « Coqs » qui sont les deux seuls clubs fondateurs de la Ligue de Nouvelle-Galles-du-Sud à être encore présents dans l’élite. Les premiers représentent la banlieue sud de Sydney tandis que les seconds sont les ambassadeurs des chics quartiers de la banlieue est. Les Rabbitohs sont une institution en Australie et jouissent d’une popularité sans faille, le club appartient à l’acteur australien Russel Crowe. Les Roosters, eux, sont un joli clin d’œil à la grande époque du XIII de France, c’est après une tournée française en Australie que certains amoureux du beau  jeu ont décidé de donner au club le nom de Roosters et d’adopter les couleurs du drapeau tricolore. Mais peu importe tout cela.

Je vous propose de suivre les deux dernières minutes de la rencontre entre les deux équipes. Les Roosters mènent de 10 points à 2 minutes de la fin. 2 petites minutes ? Deux minutes qui suffirent aux Rabittohs pour inscrire deux essais de grandes classes ! Et remporter le match ! On ne se lasse pas de ce rugby-là !

Publicités

C’était la « France Rugby League » du Petit Caporal

Le Petit Caporal, Jacques Fouroux, passe à l'offensive en 1994

Nous étions au début des années 90, « Le petit caporal », Jacques Fouroux, lassé d’être mis de côté par une fédération garante de l’amateurisme et gérée à l’époque comme une république bananière décide de prendre les armes et de passer à l’ennemi. Paris, le 7 novembre 1994, Jacques Fouroux annonce lors d’une conférence de presse prévue à cet effet le lancement de la France Rugby League, un tournoi de rugby à XIII professionnel ! A cette époque une telle nouvelle fait l’effet d’une bombe. A ses côtés se trouve Kenneth Arthurson, président de l’International Rugby League Board, on apprend que les puissantes fédérations australiennes et anglaises appuient pleinement le projet de Jacques Fouroux et l’accompagneront dans son développement. Premier fait d’armes du « Petit Caporal », L’OPA sur le rugby à XIII français a été réalisée d’une main de maître ! La FFR13, n’a pas le choix et est obligée d’appuyer coûte que coûte ce projet Fouroux. Si l’annonce fait l’effet d’une bombe, la présentation de cette France Rugby League crée la stupéfaction générale : On annonce la création de 16 formations régionales et « à l’image des équipes cyclistes » le nom d’un sponsor sera accolé à celui de la région, l’entrée au stade sera gratuite, un show musical accompagnera chacune des rencontres, les rencontres se dérouleront en 4 quarts-temps comme au foot US, la saison sera calquée sur celle de l’hémisphère sud et la compétition se déroulera de mars à juillet. Juridiquement, la France Rugby League prendra la forme d’une SAOS et sera propriétaire à 51% de chacune des 16 équipes régionales. Jacques Fouroux oublie ses premiers amours et annoncent aux journalistes « le rugby à XV c’est 20 minutes de temps de jeu effectif ; le XIII c’est soixante minutes ». Les fédérations anglaises et australiennes seraient disposées à prêter quelques-uns de leurs joueurs pour relever un peu plus le niveau de jeu. Rappelons qu’à cette époque la France découvrait les joies du sport à la sauce américaine, la jeunesse de notre pays admirait les exploits des Mickael Jordan et se levait à 2 heures du matin pour regarder la finale du Superbowl sur Canal+. Lors de cette conférence de presse aucun nom de sponsor n’est avancé, pourtant Jacques Fouroux annonce que cette « League » sera financée essentiellement par le secteur privé. Il se murmure rapidement que M6, la petite chaîne qui monte au début des années 90 serait intéressée pour racheter les droits.

Avec ses 8 formations régionales, la France Rugby League espérait bien devenir le pendant français de la célèbre ARL australienne

En 1995, la première édition embryonnaire ne se jouera finalement qu’avec 8 formations régionales basées à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Avignon et Carcassonne lors des mois d’août et septembre. Le succès est au rendez-vous, les stades sont pleins, certaines rencontres se jouent devant 10 000 spectateurs, ce qui constitue un véritable petit exploit pour l’époque ou le XV peinait à remplir ses stades. La finale est annoncée au Stade de la Méditerranée de Béziers et ses 17 000 places, citadelle du rugby à XV. La pression de Bernard Lapasset, président de la FFR sur la mairie de Béziers est énorme, on menace la municipalité de ne plus accueillir un match des All Blacks comme prévu si elle organise la finale de cette France Rugby League. Finalement, la finale se jouera à Carcassonne, dans un stade beaucoup plus petit et déjà acquis à la cause treiziste, la rencontre voit la victoire de Toulouse-Midi-Pyrénées sur celle de Perpignan-Roussillon-Catalogne devant 9 000 spectateurs et devant les caméras de Canal plus.

Le PSG XIII malgré des débuts prometteurs, sera lui aussi un flop...

« Le petit caporal » connaîtra son Waterloo. Alors que le véritable envole était pour 1996, la France Rugby League est obligé de réduire la compétition à 6 équipes, les formations d’Avignon-Provence et de Lyon-Rhône-Alpes passent à la trappe. Toulouse-Midi-Pyrénées remporte sa deuxième finale consécutive face  à Marseille-Méditerranée. Alors qu’on annonçait une multitude de quinziste franchir le Rubicon, seule une poignée de marginaux oseront franchir le pas. Probablement, que le Napoléon du rugby français s’est dispersé entre cette France Rugby League et l’expérience du Paris-Saint-Germain en Super League anglaise, qui elle aussi s’avèrera être un flop. Le 1er septembre 1996, Jacques Fouroux démissionne de toutes ses fonctions, la France Rugby League meurt avec lui. Jacques Fouroux, grand visionnaire, avait compris avant tout le monde que le rugby se trouvait à une époque charnière, que le professionnalisme était inéluctable, il s’était juste trompé de camps. Le rugby à XV est passé lui aussi professionnel en août 95, avant de connaître une ascension vertigineuse que ni même l’illuminé « Petit Caporal » n’aurait pu prévoir.