Les All Blacks font le coup de la panne

L’Australie a créé la surprise en neutralisant la Nouvelle-Zélande (18-18), ce samedi, à Brisbane, privant au passage les Blacks du record de victoires consécutives pour une nation majeure. Le XV de France, qui affrontera les Wallabies, le 10 novembre prochain, n’a qu’à bien se tenir.

Cela n’aura pas échapper à Philippe Saint-André, dont les Bleus ouvriront leur série de tests d’automne face à l’Australie le 10 novembre, au Stade de France : on a retrouvé les Wallabies ce samedi, à Brisbane, où l’équipe de Robbie Deans, malgré l’absence d’un quinze titulaire, ou presque, à l’infirmerie, et dix ans de disette dans la quête de cette Bledisloe Cup, acquise avant ce match aux rivaux néo-zélandais, vainqueurs sans appel des deux premières confrontations de la saison entre les deux formations, aura été capable de tenir en échec les All Blacks (18-18). Un nul inespéré et rare –le dernier datait de 1988- qui n’a rien d’anecdotique.

S’il relance l’Australie, ce score de parité prive les champions du monde d’un record de victoires consécutives pour une nation majeure (*), qui semblait tendre leur tendre les bras après un Four Nations immaculé. Un dix-septième succès de rang que les Néo-Zélandais de 1969 et les Springboks de 1998, entraînés par Nick Mallett, qui s’est dérobé à l’occasion du plus mauvais match, sans conteste, des joueurs de Steve Hansen en cette saison post-Coupe du monde. Un seul marqueur pour illustrer cette contre-performance : il faut remonter dix ans en arrière pour trouver la trace d’une rencontre sans essai de la part de Richie McCaw et ses coéquipiers (victoire 12-6, le 13 juillet 2002, ndlr) ! Et l’acharnement mis par ces Blacks dans le temps additionnel pour mettre Dan Carter en position de décocher un drop, finalement mal ajusté, suffit à mesurer la portée de ce coup d’arrêt.

Des Blacks sans essai

La perspective d’un tel record ne semble pas de nature au coup d’envoi à survolter des All Blacks un brin empruntés et coupables surtout d’une indiscipline récurrente au cours de ce premier acte. Une certaine apathie dont les doublures australiennes ne profitent pourtant pas pleinement. Si la botte de Mike Harris est impeccable pour compiler quatre coups de pied gagnants (3e, 28e, 32e, 40e), le réalisme fait défaut à des Wallabies qui ne s’en laissent pas compter par ailleurs, à l’image de ce tête à tête musclé entre Richie McCaw et le flanker Scott Higginbotham. Leur domination tant du point de vue territorial que dans la possession est évidente, mais à l’heure de concrétiser, le bât blesse, à l’image de cet en-avant fatal du talonneur Tatafu Polota-Nau à un mètre de la ligne d’essai adverse (19e). Les champions du monde balbutient leur rugby que viennent gâter des fautes de main inhabituelles. Comme sur ce ballon d’essai qu’échappe Aaron Smith à l’heure d’aplatir sous les poteaux australiens (10e). Un rare temps fort que Dan Carter se charge d’illustrer au tableau d’affichage (7e, 11e). Pour un avantage de six points (12-6) logique en faveur des Australiens à la pause, qui se double d’une supériorité numérique suite au carton jaune de Tony Woodcock (40e).

Ces Blacks n’y sont pas et le deuxième échec de Carter au retour des vestiaires n’indique rien de bon (44e). D’autant qu’un Kurtley Beale très à son avantage et, relais de Harris au but, signe un premier break (15-6, 51e). Ce test bascule sur ce plaquage à l’épaule de Mike Hooper sur Aaron Smith, toujours aussi entreprenant et qui s’échappait sur l’aile. Le carton jaune est inévitable et Carter, après avoir déjà réglé une première fois la mire dans cette seconde période, ne se fait pas prier pour ramener son équipe au contact (15-12, 55e). Beale est en échec à son tour sur une nouvelle tentative longue distance (59e), mais les Néo-Zélandais ne profitent pas de cette supériorité numérique. Cory Jane, tel un funambule sur la ligne de touche, aurait mérité d’inscrire un essai d’exception, mais M. Joubert, convaincu, se passe de la vidéo et refuse de valider l’action (65e). Mais cette équipe-bis de l’Australie gâche sa superbe résistance dans les ultimes minutes, trop fébrile pour concéder l’égalisation à Carter dans un premier temps (15-15, 67e), puis pour la première fois du match, l’avantage au score pour les Blacks, consécutif à ce grossier en-avant d’Adam Ashley-Cooper dans ses 22 mètres (15-18, 70e). Mais cette équipe d’Australie, malgré la fatigue qui accable les deux formations, a des ressources et Harris, en préservant son 100% au pied du jour, offre un nul (18-18, 74e) auquel la tentative de drop de Carter, ratant sa cible au bout du suspense, ne changera rien.

Résumé Wallabies vs. All Blacks

Championnat du sud : les Blacks sacrés, les Pumas adoptés, les Wallabies déprimés

La Nouvelle-Zélande, en démonstration samedi en Argentine (54-15), a survolé la 1re édition du Four Nations de rugby, compétition des grandes nations de l’hémisphère Sud marquée par l’intégration réussie des Argentins et la crise menaçante en Australie.

Les All Blacks, champions du monde à domicile en octobre 2011, ajoutent une nouvelle ligne à leur palmarès après avoir remporté le Tri-Nations à dix reprises depuis 1996, avant l’intégration des Argentins cette année.

Après la dernière journée samedi prochain, qui établira le classement définitif derrière les All Blacks pour l’Afrique du Sud (2e), l’Australie (3e) et l’Argentine (4e), ces quatre nations auront un mois pour préparer la tournée de novembre dans l’hémisphère Nord.

Elles affronteront des nations européennes en lutte pour une place de tête de série lors du tirage au sort du Mondial-2015, le 3 décembre à Londres.

Auparavant, All Blacks et Wallabies s’affronteront une dernière fois le 20 octobre à Brisbane, en Australie. En Europe, les All Blacks éviteront la France, leur victime de la finale du Mondial-2011 (8-7). L’Australie, puis l’Argentine sont en revanche attendues en France les 10 et 17 novembre.

En attendant, la transition chez les All Blacks est une réussite. Leur nouvel entraîneur Steve Hansen, ex-adjoint de Graham Henry parti après le sacre mondial, débute son mandat par un trophée.

Les Néo-Zélandais n’ont plus perdu depuis août 2011 (15 victoires consécutives). Et s’ils ont été quelque peu bousculés à domicile par les Sud-Africains (21-11) et même par les Argentins (21-5), leur performance samedi à La Plata, avec sept essais inscrits aux Pumas, a clairement rappelé la hiérarchie.

L’année 2013 sera aussi riche en défis côté néo-zélandais avec la triple réception du XV de France en juin, probablement sans le capitaine Richie McCaw, qui devrait prendre un « congé sabbatique » d’au moins six mois après la tournée de novembre.

Les Springboks en chantier

Malgré la correction reçue à La Plata, l’Argentine a globalement réussi son intégration à la compétition, véritable révolution pensée par les dirigeants du rugby mondial après sa 3e place au Mondial-2007 et mise en pratique cette année.

Un manque d’expérience et de ressources physiques, inévitables pour une première, expliquent les résultats des Pumas qui doivent pour l’heure se contenter d’un match nul face aux Springboks. Avant une dernière tentative samedi face à l’Australie pour marcher dans les traces de l’Italie, qui avait gagné un match dès l’année de son admission dans le Tournoi des six nations en 2000.

Ce premier Four Nations fut aussi l’occasion d’un délicat baptême du feu pour l’entraîneur des Springboks Heyneke Meyer. Le successeur de Peter de Villiers a encore un match face aux All Blacks samedi à Soweto pour rehausser son bilan.

Après la retraite de plusieurs cadres (Smit, Matfield, Botha) et les blessures de nombreux joueurs (Burger, Fourie, Brussow), Meyer a lancé plusieurs jeunes pousses y compris au poste d’ouvreur, le jeune Greg Goosen ayant suppléé le critiqué Morné Steyn samedi face aux Wallabies. Le chantier est en cours.

L’Australie, balayée samedi à Pretoria (31-8), sort de nouveau affaiblie de la compétition. Deux nouvelles désillusions face aux All Blacks, une catastrophe évitée de peu à domicile face à l’Argentine et une seule victoire face aux Springboks forment le bilan de Robbie Deans.

En poste depuis 2008, l’entraîneur néo-zélandais est fortement critiqué et les déclarations au vitriol tenues cette semaine par l’ouvreur Quade Cooper contre sa Fédération et chargeant implicitement son entraîneur, auquel il préfère son mentor des Queensland Reds Ewen McKenzie, ont singulièrement plombé l’ambiance australe.